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  • Alors Ulla, qu’es-tu devenue depuis notre dernière entrevue, quand tu t’occupais de Faudel ?
  • U : « Depuis quelques temps déjà, besoin et "facilité" de l’argent vite gagné obligent, je glissais lentement mais sûrement de la sexualité tarifée occasionnelle vers sa version régulière ! J’ai alors mis en branle et fait jouer à fond mon réseau de clients contents qui payent comptant afin d’avoir l’avantage du nombre avec la sécurité de la cooptation !!! Poursuivant mes études en psycho, il m’était facile de déceler en un clin d’œil ceux avec qui je pouvais et voulais faire quelque chose de mes mains, de mes seins et de mon vagin ! En plus, je ne me considérais pas comme une prostituée, puisque je faisais davantage de psychologie … à 100 € la séance, donc mes clients n’étaient pas n’importe qui ! Finalement, je me suis improvisée vendeuse de charmes, à l’hôtel, alors que je n’aurais jamais osé séduire un client sur un bout de trottoir (et c’est bien pour ça aussi qu’on est trois fois plus nombreuses sur le Net) ! Anonyme, plus discret que la rue, apparemment plus facile, le Net "facilite" les choses, même s’il isole aussi, car du coup on n’a pas les conseils des plus anciennes ni parfois l’entraide ! Mais plus je gagnais et plus je dépensais et m’endettais, alors que mon réseau de clients n’était pas extensible et surtout ne pouvait pas être aussi régulier que mes besoins financiers, vu le prix de mes prestations ! C’est alors que la quantité de la rue s’est imposée à moi face à la qualité du travail à domicile !
  • Comment peut-on bafouer ainsi sa morale, son respect de soi ? Et comment s’est déroulé ce glissement de l’amatrice à la semi-professionnelle ?
  • U : « Je n’avais pas le choix, j’étais aculée à me faire enculer : les raisons du cœur ne peuvent survivre face à la misère ! Et en fin de compte, la prostitution est un ticket payant pour une sexualité "ordinaire" en accéléré ! D’un point de vue pratique, je me faisais discrète, ne faisant ni de prosélytisme ni de racolage. Au départ, c’est presque venu par accident : je me baladais tranquillement à proximité de la gare, me demandant bien comment je pourrais payer mon billet de train pour aller voir mon petit ami du moment (oui j’ai toujours eu une vie amoureuse en parallèle, non mes à-côtés monnayés ne finançaient pas tous mes frais !), quand un gars s’est arrêté et m’a demandé combien je prenais ! Non pas que j’étais habillée comme une pute ou maquillée comme un camion volé (même si je m’étais faite belle pour faire la surprise à mon chéri !), mais sûrement que ça devait se voir que j’avais les yeux qui sentaient le cul (pour mon homme en particulier, pas pour un homme en général !!!). Toujours est-il qu’après un petit délai de réflexion, j’ai accepté sa proposition, non pas pour la totale rectale (réservée à mon amoureux que j’allais bientôt rejoindre), juste pour une petite pipe vite fait bien fait (cela me payait le billet à vingt euros et pour moi sucer n’est pas tromper !). Par la suite, tombée dans le piège de l’argent "facile" (vite pris, même si chèrement payé … de sa personne), j’ai sombré dans la prostitution comme dans la drogue : mon life motiv [1] était « il n’y a que la maille qui m’aille », d’une, pour me faire plaisir dans la vie sans regarder à la dépense (et c’est bien le fond du problème), et de deux, pour me racheter une conduite auprès de mes petits amis (qui ne savaient évidemment rien de ma source de revenus) en leur faisant de beaux cadeaux ou en étant toujours au top de l’esthétisme !
  • Justement, que peux-tu nous dire du fonctionnement de ce système prostitutionnel ?
  • U : « Déjà, il faut bien comprendre que de tous les groupes dits marginaux, les prostituées forment celui qui se trouve le plus proche de l’interface entre la bonne société et ses membres déviants ! Cette marginalité est d’ailleurs exclusivement spatiale et permet aux prostituées une réintégration relativement aisée dans le corps social. Le stigmate repose alors sur le lieu et non pas sur les individus ! Comme la drogue, la prostitution est un "plaisir dangereux", un mal nécessaire à bon nombre de sociétés. Comme on ne pourra jamais l’éradiquer, la question est de savoir quoi faire avec pour que tout le monde s’y retrouve, prostituées, clients et citoyens. D’un point de vue moral, on distingue les réglementaristes qui sont pour une organisation légale de la prostitution (maisons closes, proxénétisme, etc.), les abolitionnistes qui prônent l’abolition de la réglementation et la répression du proxénétisme mais sans criminalisation de l’activité elle-même, avec une implication des pouvoirs publics dans la prévention et l’aide aux personnes se prostituant involontairement, et les prohibitionnistes qui veulent l’interdiction de la prostitution et du proxénétisme. La plus grande partie des féministes est abolitionniste : pour elles, ce sont les proxénètes [2] qui parlent à travers les prostituées. Elles pensent que c’est en s’attaquant aux clients et aux proxénètes qu’on éradiquera la prostitution. En 1975, lors de la Révolution des Prostituées dont la Ulla originale était la meneuse, les féministes s’étaient solidarisées à la cause de femmes réprimées par le pouvoir policier masculin. Mais rapidement, elles prirent leur distance avec les revendications des prostituées de pouvoir continuer leurs activités dans de meilleures conditions. Mais de toute façon, les deux façons dominantes de penser la prostitution, celle des abolitionnistes et celle des défenseurs de la liberté de se prostituer, sont dogmatiques et en décalage avec la réalité !!! »
  • Peux-tu nous expliquer en quoi ?
  • U : « Les tenants de la liberté de se prostituer, la plus marginale des deux, présupposent des individus libres de toute contrainte. Pour eux, cesser de réprimer les prostituées et de les regarder comme déviants suffiraient pour que, miraculeusement, la prostitution s’intègre harmonieusement dans la société. Mais à rebours des clichés sur la prostitution, il faut bien reconnaître que c’est essentiellement la misère qui pousse à faire le trottoir. En effet, on ne peut pas comparer le multi-partenariat avec la prostitution, car c’est dans une logique économique de survie que les prostituées enchaînent les partenaires, sûrement pas pour le plaisir ! Ce qui amène à la prostitution, c’est un besoin d’argent urgent, assez élevé et sans aucune situation pour l’apporter autrement. Les prostituées étrangères, qui focalisent l’attention politique et médiatique depuis quelques années, sont également guidées par le rêve d’une vie meilleure dans un autre pays que le leur, même si elles sous-estiment la violence de ce qui les attend. Au final, la prostitution peut être une alternative, certes destructrice et précaire, pour survivre, pour éviter une situation pire encore, et c’est bien en ce sens que les prostituées forment l’unique prolétariat dont la condition émeuve autant la bourgeoisie ! À l’inverse, les abolitionnistes présupposent que les personnes prostituées n’ont aucune autonomie sociale et psychologique. Ils pensent qu’il est irrationnel d’être prostituée, donc qu’elles sont nécessairement folles ou sous la contrainte d’un proxénète. Il est certes difficile de nier qu’il s’agit d’un rapport de domination traditionnel homme / femme (client / prostituée) qui affecte toutes les femmes clivées en deux catégories, les "femmes honnêtes" d’un côté, les femmes de "mauvaises mœurs" de l’autre. Mais l’approche historique oblige à prendre en compte des "situations" prostitutionnelles plus variées que ne le laisse entendre le schéma classique : songeons aux rapports vénaux entre homme "actif" et homme "passif", entre homme et transsexuel, entre une femme cliente et un homme, ou une femme… qui renversent parfois le rapport de classe et de genre. Dans les rapports tarifés, le partage entre ceux qui paient et celles qui sont payées n’est pas qu’une relation de lutte de classe : le pouvoir n’est pas uniquement du côté de celui qui paie mais aussi du côté de celle qui est désirée, de par sa beauté, ses attributs ou ses prestations grrr !!! Finalement, la prostitution est presque un échange égalitaire entre deux pouvoirs, celui de payer et celui d’être désirée ! Pour autant, il y a aussi des affects qui circulent, qui déplacent le simple troc d’un bien contre un service et qui reproduisent en général de l’inégalité. Il existe des prostituées qui font ça pour avoir des amis, pour trouver une figure de la mère, pour établir une relation qui leur apporte de la stabilité ou de l’amour, cela arrive ! Les femmes qui se prostituent le font parce qu’elles peuvent avoir des rapports simplement, sans éprouver de désir, uniquement en se sentant désirées, ce qui est une excitation narcissique. À dire vrai, seul le sexe est un invariant du rapport prostitutionnel. Tout le reste (le statut, le prix de la passe, la manière de faire, le lieu de prostitution, les prestations complémentaires) est soumis, selon les contextes et les époques, à des modifications plus ou moins sensibles. Le discours abolitionniste s’est durci, stimulé par la troisième voie donnée en exemple au monde par la Suède : la prohibition et la pénalisation des clients. Il est devenu à la fin du gouvernement Jospin une doctrine quasi officielle dans le cadre des politiques nationales de lutte contre les violences faites aux femmes : la prostitution est considérée comme une de ces violences (dans le rapport rédigé par Malka Marcovich et remis à la secrétaire d’Etat Nicole Péry). Ces deux extrêmes nous ramènent à l’indifférence des résignés face à l’intransigeance des indignés !!! Cacher, contrôler, surveiller sur le plan sanitaire : le vieux discours réglementariste n’en finit pas de revenir également au devant de la scène, servi par de nouveaux porte-parole, comme des femmes de droite (Françoise de Panafieu – UMP – prenant, par exemple, parti pour la réouverture des maisons closes au nom de l’ordre public). Quelle sera l’issue de ces combats qui se concluront à un niveau européen, où des pays réglementaristes comme les Pays-Bas et l’Allemagne pèsent lourd ? Bien qu’il soit le plus souvent sous contrôle, le sexe prostitué fait peur parce qu’il se dissocie clairement d’une sexualité idéale unique : celle de l’hétérosexualité reproductive et monogamique. Certaines féministes abolitionnistes sont conservatrices, moralisatrices et anti-sexe au point de se rallier parfois à ce que j’appelle "l’hystérie sexuelle", c’est-à-dire des périodes de "panique morale" qui visent à réprimer, plus ou moins violemment, des comportements sexuels déviants. Mettant en garde contre la tentation de suivre l’Allemagne ou les Pays-Bas sur la voie de la légalisation, qui provoquerait selon leurs dires une explosion de la prostitution clandestine, elles s’insurgent contre la nouvelle appellation libérale de "travailleurs du sexe" : « Quand vous travaillez chez McDonald’s, ce n’est pas vous la viande ; dans la prostitution, vous êtes la viande ». Elles font également valoir que, loin de « réduire le nombre de viols », la prostitution représente au contraire une « ouverture de droits » sur tous les corps féminins, et mine de l’intérieur les revendications d’égalité. Lieu de prédilection à la fois du sexisme et du racisme – ainsi qu’en témoignent les stéréotypes sur les Asiatiques attentionnées, les Africaines félines, les "filles de l’Est" dociles... –, elle aurait pour enjeu essentiel la domination de l’autre, avec le "laissez-passer pour la violence" que cela suppose ; à tel point que l’on peut se demander « s’il y a bien du sexuel » dans cette histoire. Précisons tout de même que beaucoup de gens ne passent pas par la prostitution et que cela ne les empêche nullement ni d’être dominants ni même violents ! En outre, les prostituées gardent un réel pouvoir, ne serait-ce que par le fait qu’elles ne se laissent jamais embrasser et qu’au final c’est elles qui acceptent ou non un client, un type de prestation !!! Les abolitionnistes pointent également la persistance, chez les clients comme dans l’ensemble de la population, de représentations archaïques faisant de la sexualité masculine une « pulsion irrépressible », alors que celle des femmes serait d’une placidité à toute épreuve ! Ils remarquent aussi que, quand bien même « pulsion irrépressible » il y aurait, « tout le travail de la civilisation s’emploie à contenir les pulsions qui causent un dommage à autrui ». Pour eux, l’alibi de la transaction financière, ou d’une « liberté de choix » bien illusoire, ne change rien à la violence que représente l’appropriation du corps d’autrui, et qu’une société digne de ce nom ne devrait pas tolérer. Si je reconnais bien volontiers que tout ceci n’est pas des plus glorieux, animaux vicieux que nous sommes, il n’y a pas pour autant de quoi en faire tout un scandale, l’agréable de la satisfaction client étant l’utile de la survie de la prostituée, qui y trouve aussi son compte, se sentant même valorisée car les putes apportent un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Et puis rappelons quand même que le protagoniste le plus discret du commerce des corps (12 % des hommes, contre 0,6 % des femmes, en France, seraient clients) est la plupart du temps quelqu’un de bien qui ne fait de mal à personne, sauf moralement – mais secrètement – à son conjoint s’il est en couple, et encore cela peut permettre à celui-ci de tenir plus longtemps en extériorisant des fantasmes que l’homme ne voudrait plus accomplir avec sa femme devenue mère ou qu’il n’a jamais pu assouvir avec elle car cela ne correspondait pas à madame (sodomie voire tendances homosexuelles refoulées) ! Finalement, la position abolitionniste de la France est contre-productive pour tout le monde, y compris pour l’état de par les dangers qu’entraînera un métier clandestin, incontrôlable, porteur de maladies, de misère et de crime. Personnellement, je suis on ne peut plus d’accord avec le point de vue d’Élisabeth Badinter qui pense « qu’on peut utiliser son corps au même titre que son cerveau. C’est la Liberté. Si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu’elle ne gagnerait pas en un mois à l’usine, qui peut décider à sa place de l’utilisation de son corps ? ». Mais la prostituée n’aime pas l’argent (car dans son cas il a vraiment une odeur sulfureuse), elle en a juste besoin pour survivre ! De toute façon, nous sommes tous prostitués dans le sens où nous vendons notre corps (notre force de travail ou notre cerveau) contre de l’argent. La prostitution est donc un droit fondamental de l’humain et il faut reconnaître à ces femmes le statut de travailleur libéral !!! On considère d’ailleurs qu’il y aurait aujourd’hui, à Paris, quatre cents personnes indépendantes ! ».
  • Quelles sont concrètement vos conditions de travail ?
  • U : « Nous sommes environ vingt mille en France et pour être claire, la très grande majorité des prostituées sont des françaises, mères de familles provinciales, qui travaillent pour leur compte. Les immigrées mises en lumière par les médias ne sont donc pas représentatives de la profession (ce qui n’enlève rien à l’horreur de leur condition bien sûr !). Enfin … la situation s’est dégradée les derniers temps : la prostitution "artisanale", libre et indépendante, subit la concurrence de trafiquants qui exploitent les filles de l’Est et d’Afrique. La prostitution financière ou estudiantine occasionnelle est aujourd’hui très faible, la moitié étant la prostitution criminelle étrangère organisée par des mafias (avec un renversement de situation sur l’origine des prostituées depuis 1995, d’abord venant de l’Est puis d’Afrique à partir de 2003) : c’est clairement l’exploitation de nombreuses femmes par quelques hommes ! Dénoncé déjà par Albert Londres en 1927, le trafic humain (business très lucratif et beaucoup moins risqué que le trafic de drogue) s’est amplifié avec la crise économique de l’ex-bloc soviétique, la misère et les guerres en Afrique, à un point tel que l’exploitation sexuelle représente à elle seule 80% de la traite des êtres humains. L’exception française en la matière, tolérer et dans le même temps réprimer totalement, ne résout en rien la question de la prostitution. La France est abolitionniste, voulant éradiquer la prostitution (même si elle n’est pas un délit, exception faite du racolage, même passif), mais comme il n’y a pas grand-chose derrière ce terme (alors que tout le monde sait, politiques en tête, mais que personne ne fait rien – ou alors mal), la police s’occupe de tout, uniquement d’un point de vue répressif, en effleurant à peine le problème dans sa globalité : les politiques assignent la mission que ce soit la police qui police [3] les mœurs, mais c’est démago car c’est tout un boulot d’information, de communication et d’évolution des mentalités !!! Même si pour la maréchaussée la prostitution est intimement liée au banditisme, heureusement nous sommes rarement considérées comme des coupables, plus comme des "victimes" (plus ou moins volontaires, et très bonnes indics). Dans un pays où la prostitution est légale (ce qui est puni est le trouble à l’ordre public), avec la loi pour la sécurité intérieure (LSI) de 2003, le ministre de l’Intérieur Sarkozy voulait mettre un coup d’arrêt à la prostitution (suite aux plaintes des riverains, excédés par les disputes, les embouteillages de voitures, les préservatifs jonchant le sol) en faisant du racolage passif un délit passible de deux mois de prison et de 3 750 euros d’amende (délit supprimé en 1994, sous le gouvernement Balladur auquel il appartenait en tant que ministre du budget). L’infraction étant difficile à caractériser, la tenue vestimentaire devient un élément de présomption, avec mise en garde à vue pour la profondeur d’un décolleté. En fait, les politiques se préoccupent davantage du confort des riverains (ceux qui votent) que de la sécurité de personnes qui sont déjà parmi les plus précaires qui soient, tout ceci se situant dans un contexte de criminalisation de la pauvreté, au même titre que les SDF, les jeunes de banlieue. Ces catégories pauvres dérangent dans l’espace public des centres des villes qui tendent à être monopolisés par des classes sociales relativement favorisées. La loi ne résout pas le "problème" de la prostitution mais a eu pour effet d’éloigner les prostituées des quartiers où elles faisaient désordre, et de les contraindre à se rendre à la périphérie des villes : elles y sont isolées, plus sujettes à la violence et difficiles à contacter pour les travailleurs sociaux. Refoulées vers la banlieue et privées de notre outil de travail (confiscation de camionnette), certaines d’entre nous sont arrivées à un point où elles déplorent que les proxénètes soient les seuls à pouvoir les protéger (alors qu’avant tout était basé sur l’entraide, comme la copine qui relevait la plaque d’immatriculation de la voiture du client, au cas où la collègue tarderait à revenir). D’ailleurs, jusqu’à la loi sur la sécurité intérieure, le proxénétisme était marginal. Aujourd’hui il est en recrudescence, sous la forme du proxénétisme immobilier : il s’agit de propriétaires qui louent trois fois le prix du marché à des travailleuses du sexe. C’est un "commerce" très rentable qui comporte somme toute peu de risques. L’excentration et la concentration des activités prostitutionnelles ne peuvent être, on s’en doute, des réponses exclusives à la marginalisation croissante que connaissent les filles. Selon les différentes associations contre la traite des êtres humains et pour les droits des femmes, les prostituées sont considérées comme des délinquantes alors qu’un certain nombre d’entre nous sont les victimes des réseaux de proxénétisme ; la loi serait donc selon elles incompatible avec la convention de l’ONU ratifiée par la France en 1960 qui pose comme principe fondamental la protection des personnes prostituées. Le PS, se démarquant de Nicolas Sarkozy, proposait de criminaliser le client plutôt que la victime, mais cela a aussi pour effet de déplacer la prostitution. La multitude des contraventions qui nous sont infligées chaque jour (35 € pour le stationnement interdit, 90 € pour le refus d’obtempérer), nous a poussées à manifester bon nombre de fois contre le harcèlement policier (voire les violences policières, ou même le chantage sexuel). D’autant qu’on a beaucoup moins de clients car ils ont peur d’être arrêtés alors qu’en réalité, ils ne risquent rien, sauf que leurs femmes apprennent qu’elles sont trompées. De fait, un nombre croissant de femmes se prostituent en passant par des sites de petites annonces traditionnelles, mais aussi sur les sites de rencontre, appâtant le client avec des messages exotiques. Mais les proxénètes font pareil, faisant même de la publicité pour des rencontres coquines (d’abord par téléphone, voire plus si "affinité" mais surtout envie de payer) directement à la télévision. Du coup, on assiste également à une recrudescence de salons de massages thaïlandais (environ deux cents cinquante à Paris), laissant présager d’une mutation, à la manière de maisons semi-closes. Toutefois, si on légalise la prostitution comme en Allemagne ou en Espagne, il y a de forts risques que le proxénétisme s’aggrave : parce qu’on voudra toujours nous prendre de l’argent, on voudra toujours nous mettre dans des maisons closes !!! Aujourd’hui, de nombreuses filles venues autrefois de l’Est vont dans ces pays, où leurs proxénètes estiment que leur métier est légalisé (puisqu’il faut au minimum que les prostituées payent leur chambre, voire plus si emprise psychique et physique du gérant-souteneur). Le sport et le sexe allant de pair (on le voyait déjà aux arènes romaines, où la violence des jeux précédait l’assouvissement des désirs sous les arcades même), certains comptaient bien profiter de l’aubaine : en 2006, lors de la coupe du monde de football, quarante mille prostituées auraient, de manière illégale, rallié l’Allemagne, pays où la prostitution est légalisée depuis 2002 (avec droits sociaux tels que la sécurité sociale et la retraite pour les prostituées) et où les éros-center se multiplient. En France, la plupart des travailleuses du sexe paient des impôts, mais il n’est pas possible de le faire sous la dénomination de "prostituée" ou de "travailleuse du sexe". Nous avons des rappels d’impôts sur quatre années, ce qui est tout à fait normal, mais ce qui ne l’est pas c’est que pendant quatre années nous avons quand même payé des sommes exorbitantes de PV. Donc finalement, si on fait le calcul, non seulement nous travaillons pour l’état, mais en plus l’état devient notre propre proxénète car nous sommes toujours redevable d’une somme envers lui, parce que cette somme aucune des filles ne la fait, ce n’est pas possible !!! En effet, l’imposition se fait sur la base des plus grosses journées de travail multiplié par 365 car, comme chacun le sait, les putes ne sont jamais malades, n’ont pas le droit au repos hebdomadaire et ne prennent pas de congés ! Cela, bien sûr, n’ouvre pas droit à l’assurance maladie ou à la retraite : c’est tout le drame de ces milliers de femmes qui, à la cinquantaine, se retrouvent sans moyens d’existence, et il y a donc des prostituées qui travaillent bien au delà de 65 ans. Si elles ont mis de l’argent de côté pour ouvrir un bar à cinquante ans, le fisc leur tombe dessus en demandant la provenance des fonds et puisqu’ils viennent de la prostitution il y a saisie des biens (pour payer la TVA ?). Mais donner un statut (au moins social, en terme de droit), c’est légaliser de fait, avec la réglementation qui doit en découler : comme les prostituées payent des impôts sur leurs revenus (sinon le fisc les taxe sur leur "train de vie"), elles demandent à juste titre d’être considérées en droit commun et avec des droits sociaux. En fin de compte, nous avons un travail très pénible, car nous restons très longtemps debout, qui rapporte peu et nous sommes très seules (l’activité étant clandestine, il y a de la rivalité). De leur côté les clients constituent une communauté très forte, qui ne cesse de s’échanger des bons plans, des anecdotes, des fantasmes. D’ailleurs, dans les procédures judiciaires pour racolage, les clients des prostituées ne sont presque jamais poursuivis, mais peuvent être entendus comme... "témoins". Pour les clients, les femmes qu’ils paient sont des substituts de celles dont ils sont amoureux, de celles sur lesquelles ils fantasment. Mais le problème est qu’ils veulent une satisfaction sexuelle, mais aussi une réponse affective, quelque de chose de plus que le simulacre, donc du coup il manque toujours quelque chose ! En effet, il existe chez les clients une frustration "structurelle", frustration qu’ils reportent sur les prostituées, accusées de ne pas mettre assez de cœur à l’ouvrage (car tous les clients sont loin d’être des beaux gosses ou juste des hommes qui font un tant soit peu envie). Il faut souligner que l’on va fréquenter les prostituées en vue de satisfaire sa libido, et que cet assouvissement du désir sexuel peut également déchaîner des pulsions et fantasmes criminels. En outre, la loi les déclarant clandestines, certains clients se croient en toute impunité pour user et abuser des prostituées. Ces pratiques sexuelles s’apparentent au poker, dans le sens que le risque (se faire embarquer par la police) fait totalement partie du jeu, qu’il en est même un piment nécessaire. Dans ce contexte de peur voire de violence, les anciennes (les aînées) chaperonnaient, marrainaient et formaient les nouvelles recrues venues. En outre, avant la LSI, les filles restaient groupées et soudées, l’union faisant la force contre les clients violents ou les proxénètes. À présent dispatchées pour raison de sécurité (envers la police et ses rafles), les filles de joie exercent isolées, dans la crainte des agressions, facilitées par leur mise à l’écart ».
  • Génératrice de profits colossaux, tant directs qu’indirects, révélatrice de difficultés persistantes dans les relations entre les sexes, la prostitution implique et interroge la société dans son ensemble. Comment peut-on améliorer la situation et assainir la profession puisque tu considères la prostitution comme telle ?
  • U : « Pute, je le serai toujours, dans ma tête, dans ma façon d’être, d’agir et de penser ! Mais nous avons une conscience politique, lisons les journaux, nous informons, votons lorsque nous le pouvons, bref nous sommes des Citoyennes actives. Beaucoup ont fait, soit en France soit dans leur pays d’origine, des études supérieures et parlent plusieurs langues. Nous ne sommes pas, même lorsque certaines proviennent de milieux très défavorisés, de "pôvres filles", car notre métier est un incroyable observatoire de notre société, qui a pour effet d’obliger à réfléchir, à se questionner, à questionner le monde dans lequel nous vivons. J’ai toujours été sidérée par la qualité de réflexion et de la capacité à débattre de la part de mes consœurs putes. Pour améliorer la vie des prostituées il faut déjà réinscrire la prostitution dans la question sociale et la mettre en perspective avec d’autres formes de précarité ! N’oublions pas que, de par la place qui leur est réservée au bas de l’échelle sociale, dans toutes les Révolutions, elles furent parmi les premières à bouger. Loin de lutter contre l’actuelle véritable traite d’esclaves, les lois récentes détruisent une tradition socioculturelle séculaire qui s’était transformée en service d’utilité publique, tradition qu’une évolution sociale et juridique laborieuse avait pourtant bien encadrée. La plupart des associations qui s’occupent de prostitution ne sont pas des associations de prostituées, elles sont le fait de professionnels abolitionnistes et n’ont aucun intérêt à ce que les travailleuses du sexe s’émancipent. Elles vivent de la prostitution et à ce titre sont considérées par les putes comme des proxénètes ! La lecture essentialiste de la prostitution (celle des abolitionnistes) oublie que les personnes ne sont pas que des prostitué(e)s mais aussi, souvent, des SDF, des toxicomanes, des sans-papiers ! Il y a un ensemble de facteurs d’insécurité et de précarité qui se combinent. De nombreuses prostituées quittent ou reviennent sur le trottoir au gré de leur statut économique. À l’heure où les salons de massage et autres bordels dissimulés pullulent, nous réclamons le droit de continuer à travailler dans la rue et à disposer librement de notre corps. Nous revendiquons la reconnaissance officielle de l’activité prostitutionnelle en tant que profession comme une autre : nous voulons le droit, comme tout un chacun, de travailler tranquillement sans enchaîner les gardes à vues, et que ce travail soit reconnu comme une profession libérale, au même titre que les infirmières ou les comptables, comme en Suisse. Qu’on nous laisse bosser, sinon, on fait quoi ? On ne va quand même pas se mettre à voler ! De cette revendication naît une demande d’intégration sociale qui scandalise les abolitionnistes, dont les membres du Nid pour lesquels seul l’abandon de la condition de prostitution peut réinsérer les prostituées dans la société. Nous refusons justement les positions misérabilistes : pour nous, la prostitution est un choix et l’action collective une volonté d’autonomie et de prise en charge de notre propre destin. Si des gens veulent nous aider, c’est avant qu’il faut prémunir, avant et après, car pendant qu’on se prostitue on n’a besoin de personne, on subvient à nos besoins nous-même. En bref, c’est par une politique sociale solide (revalorisation des minimas sociaux, vraie politique de logement social, moins de répression à l’égard des toxicomanes) que l’on peut espérer que les prostitué(e)s aient au moins les moyens de faire de véritables choix, spécialement celui de quitter le trottoir ou d’y rester. Surtout que la professionnalisation de la prostitution est aussi un problème de santé publique. En effet, travailler dans de mauvaises conditions (c’est un euphémisme) entraîne une fragilité face aux clients qui, dans plus de 80% des cas, demandent ce qu’ils appellent des "rapports naturels", c’est à dire non protégés, alors que ces clients sont la plupart du temps des pères de famille mariés. Une prostituée qui peut travailler sans risque aura le chaland suffisant pour refuser de tels clients et imposer le préservatif car, bien sûr, comme tout un chacun, elle ne souhaite pas contracter une infection sexuellement transmissible. Par contre, face à la précarité de leur situation, nombre d’entre elles seront contraintes d’accepter un rapport non protégé. Pour conclure, à titre personnel, même si je suis loin d’être la seule dans ce cas, en revendiquant le libre usage de notre corps, nous voulons aussi avoir droit à une vie sentimentale épanouie ! Il faut en effet savoir que toute personne vivant ou ayant un échange d’argent avec une prostituée est un proxénète. Par exemple : même si la personne travaille, même si elle peut justifier qu’elle subvient à ses propres besoins, le ou la compagne d’une prostituée est de facto proxénète, autant que la fille d’une prostituée sera proxénète si sa mère lui verse une pension ! Du grand n’importe quoi !!! »
  • À t’entendre, comme Ulla, tu es la "sainte patronne protectrice des prostituées", et tu t’en es plutôt bien sortie !
  • U : « C’est vrai que sur bien des aspects nos vies se ressemblent, et ce n’est pas pour rien que j’ai pris ce nick name, ce pseudo ! Finalement, on peut considérer que j’ai évolué comme une agnelle parmi les louves [4], mais aucune d’entre elles ne me dévora jamais. Pour en revenir au métier et à la façon de l’exercer, c’est vrai qu’au départ j’étais un peu intimidée par la réalité de la prostituée sur le pavé ! J’étais comme une gougne [5], une godiche [6] mal lunée [7] qui minaudait [8] en maraude [9]. J’avais donc plus besoin d’un chaperon [10] que d’un chapon [11] : heureusement, mes duègnes [12] règnent ! Après m’avoir enseigné les bases du métier, elles me laissèrent vaquer ! Naturellement indépendante d’esprit et de gestes que je suis, j’avais trouvé la planque : me baladant nonchalamment – comme une fille de bite hume l’air, de rien n’était – dans la rue (tout de même dans des quartiers réputés pour y trouver ce genre de service), ceux qui voulaient quelque chose n’avaient qu’à prendre sur eux pour connaître mes tarifs (quand on veut quelque chose, on peut le demander), mais si le client ne me plaisait pas ou demandait des trucs que je ne voulais pas faire, je lui répondais du tac-o-tac que je n’étais pas le genre de fille qu’il pensait. La plupart du temps il bredouillait un truc du genre « Excusez-moi, j’ai cru que … » et je lui disais simplement que j’attendais une copine pour bouger en soirée, que la méprise n’était pas si grave (puisque c’était eux les gênés, tant par la honte de m’avoir confondue avec une tepu que par le doute de mon esquive envers leur personne !). Tout se passait bien, faisant le tapin [13] avec mon popotin et guidant mes clients vers des hôtels de charme où on les vend, avec chambre d’amour au clair de lune : je passais, relativement tranquillement, mes nuits à gagner mes journées ! Jusqu’au jour où un petit nerveux est venu me voir avec son grand nervi [14] : ils étaient du milieu et n’appréciaient pas du tout mon petit jeu ! Arguant que j’ôtais la pine de la bouche de leurs travailleuses du sexe (esclaves oui !) venues de l’Est et du Sud (le monde à l’envers quoi !), ils m’expliquèrent qu’il y avait des règles à respecter dans ce monde sans foi ni loi : le système du maquinat [15], perversion mafieuse de protection en échange de racket favorisée par la criminalisation de l’activité et la répression policière, m’assurerait mon petit morceau de trottoir et ma "tranquillité d’esprit" ! Ils me firent bien comprendre, le gros balaise surtout, que si je ne rentrais pas dans leur combine, un accident serait vite arrivé, mais qu’avec eux comme protecteurs, je pourrais bosser peinarde ! Pour autant, plus question de laisser filer des clients, le CA mensuel exigé étant bien trop élevé pour faire la fine bouche ! En somme, en voulant "protéger" la société (alors que la prostitution sous certaines formes est humaine, voire animale, par essence, donc insuppressible), l’état ne faisait que m’abandonner à mon triste sort !!! Pour la première fois de mon activité, alors qu’auparavant je gardais la mainmise sur le choix de mes partenaires-clients, je me sentis salie, comme violée par des hordes de barbares qui me passaient dessus pour le compte d’inconnus ! Moi qui n’étais qu’une occasionnelle au début puis une semi-professionnelle, notamment pour financer mes études et surtout mon train de vie quelque peu dispendieux, j’étais happée par un système qui me dépassait, versant à présent dans la version full-time job !!! »
  • Mais comment tout ceci a dévié, comment t’es-tu faite embrigader ?
  • U : « En fait, au départ, les choses se sont faites de manière bien plus subtile que la façon dont je les ai racontées, fruit du recul de cette triste expérience ! Le grand costaud était le méchant qui faisait peur, pendant que le petit nerveux, le chef, était là pour me rassurer, me dire qu’ils ne voulaient que mon bien car le quartier était malfamé et surtout m’informer que des "amies" à lui n’appréciaient pas du tout ma concurrence ! J’avais beau lui expliquer que je ne voulais nuire à personne mais que le trottoir est à tout le monde, il m’a "gentiment" expliqué que cela ne fonctionnait pas ainsi ! Il voyait bien que je n’étais pas là pour casser le marché, mais au contraire que je pouvais servir d’appât pour fidéliser une nouvelle clientèle ! Il s’est alors montré plus que sympathique, charmeur à tout dire ! Je croyais que je n’étais pas du genre à me faire avoir, mais dans ce trouble jeu de dupe, celui de voir sous les jupes des filles de joie, il a été le plus rusé, comme un renard crevard ! J’ai alors commencé à fricoter [16] avec ce Julot [17]. D’emblée, Jules avait placé sur le plan amoureux la relation qu’il entretenait avec moi. D’ailleurs, il avait démarré nos premières conversations par « ma cocotte chérie » [18], les suivantes ne dérogeant pas à ce lieu commun de la prostitution. Mais autant Jules pouvait être prévenant et sensible, autant il pouvait devenir en un éclair ferme voire menaçant. Et c’est justement ce qui caractérise le discours du souteneur [19], tantôt protecteur et aimant, tantôt fulminant et vindicatif. Moi qui le prenais pour un macrotin, un souteneur jeune et débutant, sans envergure, j’allais vite déchanter ! Au milieu de nos échanges, il résumait très justement le subtil jeu d’équilibre auquel il s’adonnait avec moi : « Vilaine fille, détestable personne ! Mon amour chéri » ! Comme il me savait fragile financièrement, il usait et abusait d’un ton particulièrement positif, réitérant son amour éternel pour moi, dont il exigeait pourtant que je me prostitue pour ses beaux yeux, arguant de mon « sacré coup de pompe, poupée ! » !!! Je venais de tomber, corps et âme, dans la gueule du marlou [20] ! Sous le prétexte de son amour, l’étalon fougueux ne faisait que débourrer la pouliche [21], la débrider [22] pour mieux la monter à crue, car sans selle ça met plus de sel dans la relation ! ».
  • Avais-tu des opportunités de fuir ou bien il te manipulait tant et si bien que cela était difficile ?
  • U : « Quand j’en avais vraiment ras-le-cul (ce qui n’est pas une façon de parler), sentant qu’il était sur le point de perdre l’une de ses "gagneuses", Jules réitérait l’expression de cette affectivité : « Je m’excuse mon amour d’avoir eu de vilaines pensées à ton sujet et d’avoir pensé un instant que tu ne m’aimais plus. Mais pense un peu que tu es mon seul amour, que je t’aime par-dessus tout ». Progressivement cependant, à mesure qu’il me sentait à nouveau en confiance, les mots doux, teintés d’humour, s’étiolaient, laissant place à la froide réalité de la prostitution, liant les deux par mon surnom ambigu de « La reine humaine, bite box ». Il jouait en fait toujours à son avantage, jonglant sans cesse et très habillement sur la relation d’un maquereau [23] et d’une prostituée, constamment faite d’allers et retours entre des sentiments qui apparaissent pour le moins factices, et l’implicite contrainte à la prostitution. Il alternait exaltation du sentiment amoureux et menaces à peine dissimulées (« il faut que tu potasses pétasse » : une pétasse étant une prostituée débutante ; avoir la pétasse signifiant « avoir peur »), se montrant satisfait après chaque engueulade que le contact soit enfin rétabli, mais campant sur des positions dominatrices liées à son éminente condition. Pour autant, avec le recul, je savais que ce souteneur était totalement dénué de scrupules à mon encontre, car au final je n’étais qu’une fille parmi les autres. Preuve en est que, dans le milieu, chaque écart de conduite d’une prostituée est sanctionné par une mise à "l’amende", peu honorable : soit je devais verser une certaine somme d’argent à mon souteneur, soit j’étais un temps placée dans un établissement de prostitution de bas-étage. Vu que j’étais amoureuse de lui ou du moins que j’étais sous son emprise sentimentalo-psychologogique, je travaillais pour mon homme, lequel jouait de ce sentiment pour bien se faire obéir. Grâce (ou plutôt à cause) de ce subtil jeu de démonstration affective, donnant alors un sentiment d’éternité à notre liaison, il me rassurait face à l’adversité de ma condition et me faisait croire que la prostitution ne serait qu’une mauvaise passe (c’est le cas de le dire) avant des jours meilleurs. D’ailleurs, en parlant d’argent, quand Jules me donnait charitablement trois francs six sous au nom de l’amour, il justifiait ensuite la nécessité de ce pécule pour son usage personnel et non pour la constitution d’une cagnotte qui nous servirait à s’installer ensemble. Il menait alors tout un raisonnement laborieux cheminant en sentiments et vénalité [24]. Si la réalité du commerce prostitutionnel est bien une affaire de gros sous, elle tient également de savantes stratégies élaborées par des souteneurs partis à la conquête de clientèles diverses, analysant les dernières tendances en la matière. D’ailleurs, Jules m’avait précisé d’entrée qu’il me donnerait un coup de pouce (enfin de majeur) si je lui donnais un coup de main pour créer de nouvelles opportunités et être au goût du jour (enfin de la nuit), ce que j’ai fait à nous introduisant dans le milieu plus ou moins interlope [25] des nyctalopes [26] ! Mais quand il était préoccupé par la gestion de son "commerce", moi je me plaignais à nouveau d’être délaissée. Ayant remarquée la réduction des lignes "sentimentales" dans la correspondance de mon souteneur, je l’accusais de mentir, n’ayant reçu ni l’ensemble des cadeaux promis, ni la totalité des lettres annoncées. Je voulais m’affranchir de celui que j’aimais et je le lui ai écrit, ce à quoi il répondit quelques phrases témoignant à la fois de son incompréhension de la situation, de sa prétendue souffrance d’avoir perdu l’être aimé, jouant une fois encore avec les sentiments de sa jeune "protégée". Le ton mièvre dont usa Jules, fait de reproches mesurés et de grandes déclarations d’amour, fonctionna puisque les "amants", que je croyais et voulais que nous soyons, se sont réconciliés. J’acceptai alors de rejoindre la condition que j’avais quittée au début du mois. Il faut dire que notre relation, faite de sautes d’humeur de part et d’autre, était plus que compliquée, moi-même ne sachant que faire et quoi penser, me trouvant dans une situation désespérée, l’homme que j’aimais m’obligeant à vendre mon corps sous le prétexte phallussieux que « Beh oui ma pute, la vie est une ture lutte ! » et que tel est notre lolo quotidien ! C’était clairement une forme d’aliénation de ma liberté au bénéfice d’un amant-patron, lui qui estimait qu’il fallait savoir faire confiance aux gens qui travaillent pour de l’argent pas à ceux qui te sucent pour de l’argent (alors que lui ne faisait aucun des deux puisque la pute fait tout, le proxénète fait le reste) mais qui était le premier à dire « Tiens, t’as déjà pris ton coup du jour, sans moi ! On va régler ça ce soir, tu passeras dans mon bureau … enfin sous ! ». Je prenais tous les risques et les coups/coûts, mais on en partageait les bénéfices : c’est le contraire de la mafia (pizzo pour être protégé de tout problème) qui gère elle-même le risque avec la police, et si Jules réglait les guerres de gangs, ce n’était que dans son propre intérêt territorial et financier ! Il ne pensait qu’à se rembourser sur la bête, de – grosses – sommes, moi : c’est lui qui buvait à ma santé, mais c’était moi qui trinquais [27] !!! La relation était perverse, "aigre-douce" car je ne pourrai supporter longtemps l’éloignement et l’exploitation (mes différentes fugues en témoignent), alors que je tenais en même temps à sortir de ce système vénal tout en conservant les faveurs de Jules (même si plein de fois je me suis dit « Je presse fort ce citron acide contre mes fesses, quand vidé de son jus, je le jette à la poubelle ! »). Et oui, je m’étais enchaînée toute "seule", le souteneur n’ayant pas sur ses filles toute l’emprise que l’on croit traditionnellement percevoir (même si chaque faux pas se paye de quelque nature que ce soit, tôt ou tard). D’autant que, même si c’était très dur au début (parce que de toute façon c’est très dur pour une fille dans cette situation), quand on a vécu ça, on se dit après tout qu’on est mieux là, parce que c’est le seul endroit où on trouve une chaleur humaine vis-à-vis du manque d’affection qu’on a, et c’est avec des filles prostituées qu’on a cette chaleur, cette amitié qu’on ne trouve pas ailleurs. Agissant tantôt comme un proxénète débordé, ne sachant plus où donner de la tête, tantôt comme un amant-souteneur très présent, se souciant du moindre tracas, il pouvait passer de débordements sentimentaux aux considérations matérielles, mêlant argent, amour, sexe et soumission. Tout à la fois, le souteneur livre ses états d’âmes, rassure, exhorte sur un ton très paternaliste l’une de ses "filles" à travailler ! Là encore, il avait des propos vindicatifs, immédiatement suivis de l’expression de ses sentiments, comme si ceux-ci tenaient au bon respect des principes qu’il édictait : il était "amoureux" à condition que j’obéisse, et tout ça m’a profondément chamboulée ! Et de toute façon, que faire ??? Les réseaux prostitutionnels, du fait de leur constitution solide et souvent ancienne, résistent bien lors de leur affrontement avec la structure judiciaire : le partage d’une condition commune du point de vue de la morale, du fonctionnement social et de la justice amène la manifestation, lors de procès, de réflexes de défense solidaire. Jules m’a alors "placée", donc punie (même si pour autant je recevais toute l’attention de mon souteneur, qui tenait à ce que je me stabilise), chez une matrone [28]. Là c’était plus glauque que tout, les relations prostituées/maquerelles se caractérisant quant à elle par leurs aspects forcés voire même contre-nature. En effet, il s’agit pour les prostituées de protéger les maquerelles non parce qu’elles partagent des intérêts communs mais par peur de représailles, de la solitude, de la misère économique qui viendrait s’ajouter au dénuement affectif et psychologique. Le caractère artificiel de ces solidarités est flagrant surtout si l’on considère qu’elles sont fondées sur la reconstitution illusoire des solidarités familiales, la matrone étant assimilée à une mère ou à une tante tandis que la prostituée est sa fille, celle-ci étant entourée de nombreuses sœurs, et d’oncles ! Et c’est bien là que le bas blesse car cette recomposition d’une unité familiale a le vice de rendre plus effrayante la rupture d’avec elle et donc d’engager plus encore la jeune prostituée dans le monde de la délinquance. Monde duquel elle ne s’échappe que très rarement volontairement. En fait, c’était un service que rendait la mère maquerelle à mon barbeau à la mie de pain [29] : en protégeant et aidant un proxénète, une matrone vise avant tout à assurer ses intérêts (les dénonciations sont ainsi très rares). Cette punition était là pour bien me faire comprendre au combien mon attitude nuisait à sa réputation et compromettait ses revenus. Le milieu possède ses règles et ses codes, et Jules entendait faire les choses en bonne et due forme : je n’étais pas la seule à travailler pour lui et il se devait donc de conserver de bonnes relations avec l’ensemble des maillons de la chaîne prostitutionnelle. En effet, les réseaux prostitutionnels sont entrecroisés de solidarités délinquantes puisque les proxénètes sont étroitement liés par une communauté d’intérêt : outre la complicité criminelle, ils entretiennent des relations économiques, partagent un réseau d’informateurs, de rabatteurs, autant qu’ils s’échangent les clients et les filles. Ils appartiennent au final à un monde interlope structuré par des hiérarchies, des connivences et une dépendance mutuelle. Ces réseaux prostitutionnels se situent à la jonction entre la communauté à laquelle les rattachent leurs clients et le milieu criminel auquel ils appartiennent du fait de leur commerce illicite. Partage d’intérêt, entraide, protection, surveillance, activités similaires cimentent cette solidarité et la renforcent. Ces solidarités criminelles sont donc de l’ordre du contractuel, du volontaire, et de l’égalité. Peu à peu, la demande des clients se faisant pressante voire péremptoire, le ton du proxénète intéressé l’emportait sur celui de l’amoureux transi : à mesure que les appels se suivaient, Jules ne consacrait la discussion qu’à la prostitution et à sa rentabilité. Dans le milieu, on connaît le prix de tout (ce que tu encaisses et ce que tu payes, tôt ou tard), la valeur de rien ! Jouant de moins en moins sur les sentiments, il se montrait particulièrement inquiet de sa situation présente et future : nombre de filles semblaient l’avoir abandonné, qu’elles furent malades (moi-même, si j’étais alitée, s’il s’inquiétait de ma santé ce n’était que pour mieux s’enquérir de la reprise de mon travail), fatiguées ou lasses de cette exploitation. Le temps n’était donc plus à l’étalage de sentiments qui, bien que factices, s’avéraient rassurants ; de gré ou de force, les filles devaient se remettre au travail sans quoi elles seraient à l’amende, voire soumises à des violences physiques ainsi que Jules en avait la réputation. Il se jouait des sentiments que je pouvais éprouver à son endroit : j’étais amoureuse et devais donc "travailler" pour mon homme, lui-même se servant au passage en prenant sur mon cul son avance sur recette ! Il m’avait marquée au fer rouge, m’avait tamponnée son nom sur mon corps, j’étais sa bête de somme : le proxénétisme se résume à cela, autant qu’à "recruter" toujours plus de filles. On peut ainsi définir les proxénètes : d’une immoralité profonde et dégradante, ils exploitent les malheureuses en les poussant à la prostitution après avoir abusé d’elles par la ruse. Puis ils vivent de leur inconduite et les empêchent par la crainte et aussi même par des mauvais traitements de quitter la voie de la prostitution. En somme, les souteneurs que les filles de joie payent pour empêcher les désordres, sont ordinairement eux-mêmes des coquins qui les pillent, les volent, les maltraitent, et leur font dix fois plus de mal que celui qu’elles cherchent à éviter (définition de 1740).
  • Quel a été le déclic qui t’a permis d’en sortir par la suite ?
  • U : « Les bas-résilles m’en sont tombés plusieurs fois, mais ça a vraiment fait tilt quand je l’ai entendu faire une promo sur moi (« pour un néné acheté, le second à moitié prix ! » [30]) puis se vanter avec une blague sur la différence entre une prostituée et un flipper (« Flipper tu mets la pièce dans la fente et tu joues avec les mains, pute tu mets la pièce dans MA main et tu joues avec SA fente ! ») et quand il m’a vraiment traitée comme sa chienne, m’aboyant « Oh tasspé, va chercher le blé ! », « Allé, galope Pénélope, sacré salope [31] galopine [32] ! » ou « Couchée, pas bouger, coucouche panier, reste bien tranquille, sinon c’est la fessée ! ». Après un certain et trop long temps, j’en eus assez de tout ce micmac [33] chez les macs du tarmac [34] ! Alors que je n’avais plus envie qu’il me "protège" mais plutôt qu’il me comprenne, lui s’en tenait davantage aux aspects professionnels et mercantiles de notre relation : ressentant sa désaffection comme une trahison, je me suis faite porter pâle après m’être faite empaler [35]. J’étais fermée, opération pute morte avec porte close et rideau baissé : il n’avait qu’à se la mettre derrière l’oreille et repasser me voir le lendemain à la première heure ! J’en avais plus qu’assez de me tracasser pour des histoires de jalousie et de concurrence savamment entretenues par mon souteneur. Je comprenais enfin que ce thon avait les œufs qui sentaient le maquereau comme les yeux sentent le cul, je ne voulais plus être la poule à ses œufs d’or ! C’était moi qui trimais [36] et en prenais plein le cul, tout ça pour pas un rond puisque c’était lui qui encaissait ! Ce malotru [37] m’avait trop fait mal au trou, à l’étoile de mer. J’en ai eu ras-le-cul et la touffe de me faire sexploiter financièrement et sexuellement, j’en avais marre de ce taf du con avec et pour des cons. D’autant que je me levais tôt pour gagner de la maille, mais j’avais du mal à m’endormir à cause de problèmes de maille. Je me suis alors affirmée comme un électron libre, échappant complètement à mon proxénète qui a fini par voir rouge. Là, pour Jules, le ton changea : il se fit vraiment menaçant (même s’il n’était pas disponible, il envoyait son sbire me dire « Désolé mon pote n’est pas là, tu ne vas t’en prendre qu’une, mais sans rancune ») malgré les quelques formules ensorceleuses encore employées. Mais quand je lui ai dit qu’il faudrait me passer sur le corps pour que je retourne au turbin pour lui, il m’a dit « Bouge pas, j’arrive : Je te prends, je te retourne, je te casse en deux » ! Il tenta alors de ramener sa "proie" dans le "droit chemin", mais manu militari cette fois !!! Heureusement j’avais prévu mes arrières en me mettant au vert du derrière, grâce à ma réserve financière accumulée sur puis cachée sous le matelas ! Que ce conard barbotte dans sa mare à merde, mais de toute façon sa bite me restera en travers de la gorge !!! ».
  • Et comment cela a-t-il évolué par la suite ?
  • U : « Face à la concurrence des mafias venues de l’Est et d’Afrique, tout autant que des tordus agressifs qui considèrent que les putes sont là pour assurer les bons vouloirs et assouvir tous les désirs de ces môssieurs, j’ai décidé de me mettre à mon compte ! Utilisant les possibilités d’anonymat et de publicité (pour ceux qui savent comment trouver mes coordonnées par le biais du réseau) qu’offre Internet, j’ai opté pour sauter les intermédiaires, ces intérimaires du travail !!! Je me suis donc réorientée vers escort-girl, affichant des tarifs prohibitifs, mais qui le valaient bien car je le vaux plus que bien (c’est pour ça que lorsqu’on me disait « Chère Ulla … », je répondais toujours « Non, ma chair n’est pas chère ! Je suis un bon coup pour ce coût modique !!! »), pour le commun des mortels et effectuant ainsi une sélection par l’argent (200 € la sortie), espérant ne plus tomber sur des gens affligeants ! Je suis donc passée du trottoir au boudoir [38]. En fait, cette activité me plaisait beaucoup car les deux sexes (le client et moi) s’y retrouvaient, sachant qu’on dit toujours que les hommes ont autant besoin de reconnaissance que les femmes de sécurité ! Et là, chacun était servi !!! »
  • Comment s’opérait justement le recrutement de tes clients ?
  • U : « Par Internet pour une grosse partie, notamment quand des grosses boîtes voulaient faire passer une agréable soirée à un gros prospect/client et lui faire oublier le temps du repas ce qu’il avait à faire et quelle affaire il devait conclure (la commerciale devenant presque une formalité face à la quête du râle que je représentais) ! Sinon, en période de ralentissement de l’économie (même si c’est souvent là qu’on a besoin de mes coups de main bien placés !) ou quand j’avais un créneau horaire de libre, j’allais sonder le terrain dans les bars des grands hôtels, là où descendent ceux qui tiennent les cordons de la bourse, justement pour que moi je les leur vide (toutes, autant biologiques que réserves à fric !) !!! Ces gens-là sont très et trop sérieux, et ils ont un besoin naturel d’être reconnus en tant qu’hommes et non uniquement comme des managers : autant leur respectabilité professionnelle est faite, autant leur virilité personnelle est souvent défaite, le manque de temps libre de l’un engendrant une décrépitude de l’autre et par effet boule de neige un surinvestissement dans le travail, principale source de reconnaissance … sociale, mais du coup au détriment de la vie sentimentale, plus difficile à valoriser !!! Alors qu’ils luttent (plus ou moins) pour éviter le zob in job (toujours source d’ennuis), mon taf était de leur donner de la touffe, mais surtout de les reconnaître en tant qu’hommes sur un plan affectif et non comme des chefs à un niveau hiérarchique ! »
  • Mais comment les abordais-tu ?
  • U : « Pour une femme, c’est ce qu’il y a de plus facile … mais après leur faire comprendre sans les heurter que tu ne fais pas ça pour leurs beaux yeux est une autre paire de manche ! Il me suffisait d’attendre au bar de l’hôtel que le poisson morde à l’hameçon, mais il faut dire aussi que l’appât se devait d’être à la hauteur, puisqu’on joue dans une autre catégorie, celle des poules de luxe : tenue de soirée obligatoire, bonnes manières (ce que mon éducation rigoriste facilite) et conversation cultivée sont les trois mamelles de la cocotte haut de gamme ! Ensuite, grâce à mes contacts au niveau de la réception (mes services sont un plus client que se doit de proposer tout hôtel de standing ! : on reste un peu dans le maquinat, mais plutôt sous la forme d’apporteur d’affaires en tant qu’ "associé", le maître d’hôtel se faisant son beurre en fournissant indirectement des prestations illégales – prostitution, drogues, etc.), je savais qui était demandeur de soirées festives avec – éventuellement – option débauche et qui n’était là que pour le business ! Postée au bar avec un Cosmopolitan [le cocktail de Sex & the City, histoire de faire femme fatale : 4 cl de vodka, 2 cl de Cointreau, 2 cl de jus de cranberry (jus de canneberges),
    1 cl de jus de citron vert], je laissais planer des regards de femme esseulée en quête de conversation masculine ! Quand un homme (suffisamment à mon goût, sinon je feignais d’attendre mon époux) venait à moi pour entamer la discussion, je lui suggérais de prendre un Vodkatini (7 cl de vodka, 0,5 cl de Martini) médium dry réalisé au shaker, avec des glaçons et passé dans un verre à cocktail rafraîchi mais sans glace : l’allusion à « Oh James (Bond/bande) ! », frappé au shake-her, non remué à la cuillère, titillait déjà normalement mon interlocuteur (sélectionné par mes regards "appuyés", mais furtifs) ! Après avoir bu un premier verre et gagné sa confiance en valorisant son sex-appeal et son côté homme viril, je me débrouillais pour connaître ses besoins et envies, tout autant que son attitude envers mes prestations tarifées et l’étendue de ses moyens !!! Une fois que nous étions d’accord sur les services rendus (simple accompagnement à un gala prévu de son côté, organisation d’une soirée inoubliable dans la ville lumière avec dîner et festivités selon ses goûts – comme un guide touristique – ou directement pratiques sexuelles) et la somme allouée (même si avec moi il n’y a pas d’arrangement possible, et on paye cash, en début de séance !), nous partions vaquer à nos occupations ! Je les allumais en mettant le feu aux poutres, puis c’était parti pour les feux d’arti-fesses !!! En fait, j’étais une bonne … à tout faire pour que ces messieurs passent de bons moments en charmante et galante compagnie ! »
  • Tu parles de tout cela au passé, qu’est-ce qui a fait que tu lâches ce filon doré au très bon rapport qualité/prix ?
  • U : « Je suis juste passée à l’échelon supérieur en devenant l’attitrée de certains ! Ayant su, ou simplement eu l’opportunité commerciale, de me mettre sous la coupe et la protection de grands pontes du milieu politico-économique et culturel, j’ai croisé certains maquereaux qui fréquentent également le "beau monde" mais je n’ai pas été ennuyée par mes anciens employeurs : j’ai été suffisamment maline pour faire en sorte de ne plus être considérée comme une simple pute escort-girl, mais plutôt comme une femme de très bonne compagnie, une concubine qui permet aux rois du monde (au moins franco-français) de se sentir valorisés en société (ce qui est le but premier des escort-girls), de briser la glace en soirée et de les faire briller lors des raout d’aréopages [39]. Surtout, ils étaient de grands amateurs mateurs de "salles de jeu" (ou "boîtes à ouvrage … dard" : sexe de la femme, lieu des réjouissances), étant tous autant de grands joueurs que jouisseurs ! Je rentrais d’ailleurs dans leur jeu en leur proposant de faire des parties – fines – [40] avec moi, où je leur montrais les atouts de mes atours [41] de poitrine ! Tout est affaire de coquinage dans ce milieu : leurs soirées étaient multi joueurs, s’adonnant au roi des jeux, le jeu de dames où le but est de capturer ou immobiliser les pièces de son adversaire, en soufflant, forçant ou laissant-faire ! Tous ces quidams [42] leur pion dans mon fion y ont beaucoup joué (à pile ou poil) et joui avec moi !!! Les règles sont on ne peut plus sexplicites : lorsqu’une case voisine sur la diagonale est occupée par un pion du joueur adverse, et qu’il y a une case libre derrière, ce pion peut être sauté et il est ainsi pris ; une prise peut s’effectuer vers l’avant ou vers l’arrière ; la règle "souffler n’est pas jouer" étant abolie depuis 1911, à présent lorsqu’on peut prendre, on doit prendre, quelles que soient les conséquences ; s’il y a plusieurs façons d’effectuer une ou plusieurs prises, la règle de la quantité doit être appliquée et il faut alors effectuer le maximum de prises possible !!! Une croix X représente une prise et, comme aux échecs, on peut annoter un bon coup d’un point d’exclamation et un mauvais d’un point d’interrogation ! Le plus dur dans ce jeu est d’être une dame, car il est alors d’usage de superposer deux pions, en double pénétration donc, pour la représenter et autoriser ainsi des prises multiples ! Heureusement, le piège dit "coup turc" permet de prendre la dame adverse et de relâcher la pression. On faisait également bon nombre de strip-poker, où tout le monde faisait exprès de perdre : les uns allaient à tapis, les autres se couchaient ! On rentrait à deux (cents euros), on recavait (se remettait dans le jeu) à un ! Les échanges entre ces messieurs de "haute tenue" étaient hallucinants s’il ne s’était agi de poker : « Un ass [43] tient vaut mieux que deux neuf (/meufs), une bonne paire à piocher, tu auras. Je défosse (/défonce) ma Dame (de trèfle, Caroline, qui pique ton cœur), j’ai perdu de toute façon face à un brelan (/branle de bites). // Moi je n’avais qu’une petite paire, même si petite paire tienne vaut mieux qu’une grosse tu l’auras au prochain tour ! // Mais non, elle est plus grosse, c’est elle qui gagne et emporte le pot aux roses. // Moi j’étais trop impatient de toucher ma paire, je me suis couché trop tôt du coup croyant qu’elle n’arriverait jamais mais comme d’habitude la paire n’est jamais là où/quand on l’attend et toujours là quand on ne l’attend pas/plus. // C’est la prime à l’agressivité : face à son jeu d’intimidation, je me suis couché, j’abandonne mon sort à cette bonne (qui) donne (de sa personne). // As des ass Vs belle paire de dames ! // Ah, je la sentais venir ! // Faut pas montrer, c’est juste pour (sa)voir ! // Et voilà le petit ass qui change la donne, j’ai maintenant une paire d’ass en embuscade ! // J’aurais bien aimé toucher une dame ou mieux un ass ! // Laisse faire l’expert avec cette croupière [44] à la croupe de fer d’enfer, à force de donner, elle a le poignet chaud ! ». J’étais aussi serveuse de cognac déguisée en soubrette [45] qu’on prenait en levrette ! Bonne à tout faire, je donnais la becquée, portant la fourchette à la bouche de mon maître, je le nourrissais, sourire timide et mimique obéissante incluse : je devenais ainsi l’héroïne d’un petit théâtre dominante-dominé touze en scène, un simulacre pour se débarrasser de la domination réelle que je subissais au quotidien ! En même temps, lui avait son verre à ballon à la main pendant que je malaxais ses balloches et prenais son cigare, le roulais sous les aisselles, le léchais puis l’allumais. Contrairement à l’usage tant du rouleau cubain que du métier de catin, ces gens-là exigeaient « ne crapote pas avec une capote, fume en avalant la fumée ! ». Pris dans leur jeu de main jeu de coquins, ils s’improvisaient croupier [46] pour mieux manger le croupion [47] de leur poule de luxe, se délectant auparavant de ma croupe [48], la meilleure coupe de champagne selon eux ! Ils se croyaient si malin que l’un d’eux m’a même balancée après me l’avoir enfoncé profond dans le fondement « Tu es foutrement bonne, le collier de perles retourne à sa source ! Ne bouge pas, reste là, bien gentiment, bien tranquillement ! Ça c’est cadeau, pour le petit personnel, juste pour le plaisir d’offrir à jouir ! Vive les cons (que) j’ai payés !!! » (Même si lui était un puissant impuissant). Je me suis donc vite rendue compte que ces messieurs issus de milieux "respectables" (en tout cas respectés telles que l’aristocratie et la bourgeoisie, voire les officiants des cul-tes), étaient tout aussi pervers que les autres, voire même pire !!! Un soir, me croyant en toute sécurité avec un préfet et d’autres hauts fonctionnaires, je fus prise au piège dans un guet-apens où ces mâles dominants parvenus en haut de l’échelle sociale avaient besoin de marquer leur domination suprême sur la France d’en-bas (-résilles), dans le cadre d’un donjon embastillant leur pouvoir ! Ils se mirent alors tous en rond, en rang d’oignon, en fil indienne, pour jouer au trou du cul ! En chair et en latex, ils nous la faisaient gros melons et bottes de cuir pour monter à l’ass haut au lasso ! Si ce n’était que cela, cela aurait pu me paraître décalé chez des hommes avec autant de responsabilités et si bien en vue, mais le problème est que rapidement ces hommes sadiques [49] en sont venus aux mains, me claquant très fortement les fesses, puis au fouet pour asseoir l’exercice de leur pouvoir. Au comble de leur excitation, je me retrouvais pieds et poings liés, attachée par des sangles assurant une certaine maniabilité à une machine permettant la lévitation. Puis ils m’infligèrent des acrobaties avec un maintien par des crochets perforant la peau du dos – d’où douleurs de la tension sur la peau et "plaisirs" de la sexualité en apesanteur – et même de la scarification pour bien me montrer que je n’étais pas une femme, mais un objet humain placé sous le contrôle total et absolu de ces maîtres tortionnaires autant de l’esprit que du corps d’autrui, eux qui aimaient tant user et abuser de la sophrologie, voire de la scatologie. Ayant réussi à me détacher et à m’extirper de ce nid de frelons de la guêpière, je suis partie en catimini ! Lors de cette surprise, partie peu fine, j’en avais surpris plus d’un par mes parties fines et mes jambes en l’air, tant et si bien que j’ai juste eu le temps d’entendre que je laissais l’organisateur sur sa faim et qu’il n’avait pas l’air fin sur ce coup-là, me criant « Ça, tu me le payeras, sans fin ! ». Il devait d’ailleurs me connaître du trottoir car il m’a dit « Tu me mets la pute à l’oreille, chatte à grosse gouttière ! ». Sachant que je ne pourrais être crue et que je risquais de griller ma discrétion auprès des forces de l’ordre (leurs derniers commandements venant justement de mes bourreaux), j’ai quitté ces milieux glauques au possible en tirant mon irrévérence ! Comme on m’avait toujours dit qu’en matière de sexualité la femme du demi-monde était l’endroit de la joie de vivre, j’avais voulu sucer les tétons du pouvoir, juste pour voir ! Je reconnais que j’ai fourni les verges pour me faire battre par ces vieux tout puissants, mais quand j’entendais dire à mon propos « Choix très judicieux, monsieur est connaisseur », je ne pensais pas devenir à ce point l’objet d’un tel délire du désir, me disant même dans ma tête « Lâche la cochonne sale cochon ! » ! Ces vieilles ganaches [50] pleines de panache se laissaient aller aux paillardises [51] avec des garces [52] qui étaient leurs soumises, promises pour une faible mise finalement ! Surtout qu’ils ne faisaient pas grève dans leurs sévices publics !!! Après avoir tant éclusé les barres (une écluse est un vagin en portugais car c’est là qu’on gare le péniche), j’ai tiré les leçons de mes tournées des grands (trous) ducs : l’habit bon chic bon genre ne fait pas le moine, mais la bite peut faire le pervers number one, et quand tu danses avec le diable habillé en Prada, il faut s’attendre à la fin de la chanson et aux choses "sérieuses" mais ô combien douloureuses ! Pouvoir, prétention, prédation et dépravation vont toujours de pair (de couilles) !!! En somme, les nichons c’est comme la confiture, ce n’est pas pour les cochons, et l’or peut vite transformer en porc (qui pique, au vif !) ! Je ne comprendrais jamais pourquoi les hommes me font tant de mal alors que je leur fait tant de bien : justement, j’avais fait le tour, de porc en porcs, des poches aux moches en Porsche !!! »

 


[1] Un leitmotiv étant un thème clef, répété au fil d’une œuvre pour imposer une idée.

[2] Se disait, dans le sens de courtier (mandataire qui, moyennant une prime, agissait pour la vente ou l’achat de certaines marchandises), des honnêtes entremetteurs qui faisaient vendre des offices, qui faisaient des mariages ou autres affaires : personne qui s’entremet dans des intrigues galantes dont elle tire profit, qui tire des revenus de la prostitution d’autrui.

[3] Adoucir et affiner par des institutions adaptées, par la culture et la civilisation.

[4] Autre nom des prostituées, d’où le terme de lupanar romain.

[5] Dérivé de l’anglais queen, désignant une prostituée, une "reine de l’immoralité" au XIXè siècle. Toutefois, certains s’opposent au rapprochement avec queen en anglais ou au gaelique coinne (« femme ») et, soulignant que l’ancien français avait godine (sens identique), proposent une racine god : le verbe godailler (« boire avec excès ») ayant subi lui aussi une évolution vers gouailler (« s’amuser ») d’où gouaille. Cette racine, ne serait pas issue du latin gaudere (« jouir ») mais serait d’origine celte et se retrouverait dans le gallois god (« luxure »), l’ancien français godon (« femme de mauvaise vie ») ou, plus proche de nous, godelureau (jeune homme qui fait le galant auprès de la gent féminine). Pour information, un gouin est un matelot d’une mauvaise tenue, un gougnafier un paillard libertin, un gougnafiasse un goinfre bon à rien.

[6] Qui est d’une maladresse excessive, d’une timidité ridicule.

[7] La lune signifie les fesses.

[8] Prendre des poses, adopter des manières affectées pour plaire/séduire.

[9] « Vol commis par des soldats en campagne » : circulation lente à vide d’une calèche qui cherchait à charger un client en revenant d’une course pour éviter le contrôle de stationnement ; en train de rôder, d’être en promenade au hasard avec des intentions plus ou moins équivoques.

[10] « Coiffure à bourrelet terminée par une queue que portaient les hommes et les femmes du Moyen Âge » ; « grand voile dont les veuves se couvraient la tête » : personne respectable, généralement d’un certain âge à qui l’on confiait naguère, pour des raisons de convenance et notamment pour les sorties, la surveillance d’une jeune fille ou d’une jeune femme.

[11] Jeune coq châtré, jeune pousse de vigne qui ne produit pas encore de raisin.

[12] Femmes âgées, chargées de veiller sur la conduite d’une jeune personne.

[13] De tapiné, « qui a des taches aux jambes suite à s’être chauffé de trop près », dérivé en « personne qui joue du tambour » : racoler dans la rue.

[14] Homme de main, voyou porte-flingue.

[15] Un maquignon étant un homme qui achète des bêtes en gros pour les vendre au bétail, "rien à voir" avec le mannequinat pour top-model.

[16] Dérivé populaire de fricassée – mélange particulièrement confus de choses/viandes diverses ; fricassée de museaux, embrassades chaleureuses : dépenser en plaisirs ; être de connivence avec quelqu’un dans des affaires louches.

[17] Tiré de Jules, pot de chambre, tinette : proxénète.

[18] Issu du langage enfantin : terme d’affection que l’on donne à une femme/jument aimée, mais aussi femme de mœurs légères richement entretenue, d’où le fait de sentir le parfum de mauvaise qualité dont usent les cocottes de bas-étage et les notions de blépharite (inflammation du revêtement cutané des paupières, la blépharite peut être chronique en raison d’une hygiène insuffisante), blennorragie ou gonorrhée (infection sexuellement transmissible urinaires).

[19] Celui dont l’attitude favorise la réussite ou le maintien de quelque chose, qui vit de la prostitution d’une ou plusieurs filles publiques en se donnant l’apparence de les protéger.

[20] Rusé, malin, fort : dérivé du miaulement des chats en rut et/ou emploi figuratif d’une variante de merle avec une finale tirée de filou : le merle a une réputation d’habileté (cf. l’expression fin, rusé comme un merle), d’autre part, le nom du merle entre dans des expressions à connotations péjoratives comme beau merle « homme niais », vilain merle « homme désagréable », marle « gars de peu de valeur » : autant proxénète qu’amant avec un sens injurieux.

[21] Commencer à assouplir un cheval, à le rendre propre aux usages auxquels on le destine, une pouliche étant également une jeune femme impulsive.

[22] Lâcher la bride (harnais placé sur la tête du cheval et destiné à l’arrêter ou à le diriger, selon la volonté du cavalier).

[23] Du néerlandais makelare qui est dérivé de makeln « trafiquer » : homme qui débauche et prostitue les femmes et qui reçoit d’elles l’argent qu’elles tirent de la prostitution, sachant que selon une croyance populaire le poisson du même nom aurait pour rôle de rapprocher les harengs mâles des harengs femelles, qu’il accompagne dans leurs migrations.

[24] Dérivé de venus « vente » : caractère de ce qui se cède en échange d’argent, au mépris des valeurs morales.

[25] Frauduleux.

[26] Faculté de pouvoir voir dans la pénombre.

[27] Subir un préjudice, une sanction, une épreuve, des critiques, être mis à contribution ; choquer son verre avec celui d’une personne avec laquelle on s’apprête à boire en formulant un vœu, un souhait, un engagement.

[28] À Rome, dame, femme mariée et d’âge mur, expérimentée, sage, d’aspect digne et respectable, généralement mère de famille ; femme qui exerce illégalement le métier de sage femme ou qui pratique des avortements, notamment en tant qu’entremetteuse, tenancière de maison close.

[29] Poisson de rivière du genre des cyprins – la cyprine étant un lubrifiant vulvaire – à chair fade et criblée d’arêtes : jeune souteneur dénué d’envergure.

[30] Néné est un diminutif familier et populaire de prénoms féminins comme Antoinette ou Jeannette, sachant qu’une ponette est autant la femelle du poney qu’une jeune fille prostituée.

[31] De sale et de hoppe, forme dialéctique de huppe (cet oiseau ayant la réputation d’être très sale comme dans le proverbe lorrain « sale comme une hoppe »).

[32] Jeune malicieuse qui court les rues.

[33] Désordre jugé inextricable, manigances obscures et embrouillées dans un but intéressé.

[34] Zone où s’effectuent l’embarquement et le débarquement des passagers d’un vol, également vers le septième ciel.

[35] Le pal, pieu en bois servant à l’exécution de ce supplice, était enfoncé dans le fondement, anus ou vagin.

[36] « Jouer des jambes » : vagabonder sur les routes, courir les chemins à la recherche de menus travaux, travailler très durement pour assurer sa subsistance, faire des besognes pénibles.

[37] Né sous une mauvaise étoile.

[38] Petit salon orné avec élégance, à l’usage particulier des dames, et dans lequel elles se retirent, lorsqu’elles veulent s’entretenir avec des personnes intimes.

[39] Assemblée, réunion de gens compétents et choisis.

[40] Partie de plaisir en galante compagnie : petite débauche où l’on met quelque mystère, quelque raffinement d’élégance, de gourmandise, même si ça reste avant tout une baise à plusieurs.

[41] Parure.

[42] Personnes dont on ignore ou dont on n’exprime pas le nom.

[43] Cul en anglais.

[44] Qui reçoit les enjeux et paye les gagnants.

[45] Uniforme du XIXè siècle, avec un bonnet de dentelle, un petit tablier, de longues socquettes blanches, parfois des oreilles de chat : Geisha soumise, esclave qui s’incline devant le client en l’appelant « Goshinjin-sama » (« maître-vénéré », le mot ancien au Japon pour désigner son mari).

[46] Qui veille au déroulement normal des parties, ici génitales.

[47] Extrémité postérieure du corps des oiseaux, correspondant aux dernières vertèbres (vertèbres sacrées) et supportant les plumes de la queue.

[48] Partie du corps humain comprenant les lombes et les fesses.

[49] Kraff-Ebing, médecin qui a décrit les sexualités atypiques au XIXè siècle, a utilisé le nom de deux auteurs pour nommer ces particularités de jouissances sexuelles : pour l’écrivain français Donatien Alphonse François de Sade (mieux connu sous le nom de marquis de Sade) le goût d’infliger de la douleur, de dominer l’autre ; pour l’écrivain autrichien Leopold von Sacher-Masoch le goût d’être battu, soumis.

[50] Personnes incapables et bornées.

[51] Penchant prononcé pour les plaisirs de la chair, le paillard étant proprement le gueux couchant sur la paille.

[52] Compagne hors mariage, féminin de gars.


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  • U : « Après mes expériences traumatisantes dans le domaine du sexe esclavagisé, j’ai décidé de rentrer dans le moule social, moi qui l’avais toujours fui en même temps que mon éducation trop psychorigide ! Toujours autant noctambule, j’ai travaillé dans un bar à hôtesses, voulant privilégier le contact humain, l’ambiance festive et les pourboires (et que pour boire ! … éventuellement pour voir, mais on ne touche qu’avec les yeux !!!). Malheureusement, je me suis vite rendue compte que le milieu de la nuit est décidément trop propice aux écarts de conduite, tant de la part des clients alcoolisés avec leurs mains baladeuses que des patrons qui affirment leur droit de cuissage pour effectuer leur casting (« Si t’es pas contente, d’autres suivent derrière et seront ravies d’avoir ta place ! »). Toujours est-il que voulant bien gagner ma vie, sans me faire harceler psychologiquement (à l’usine) ou sexuellement (au bureau), j’ai fait le choix d’assouvir mon goût pour le sexe tout en assurant une certaine professionnalisation de mes passions. J’ai alors choisi d’aller au turbin plutôt qu’au tapin, en devenant hardeuse dans l’industrie du sexe filmé. De toute façon, la prostitution de personnes recevant des clients ne représente que 1% du chiffre du travail du sexe, le reste provient en grande partie du porno, qui fait partie intégrante de l’industrie du film et n’est pas considéré comme de la prostitution : pourtant il y a acte sexuel contre une rémunération ! ».
  • Comment as-tu pénétré le septième art du septième ciel ?
  • U : « Disons que sans être plombière, j’étais déjà bien introduite dans le milieu à queue. J’ai tout simplement déposé mon CV auprès des grands acteurs du secteur lors d’un salon de l’érotisme, en mettant bien en avant mes expériences professionnelles multitâches et mes qualités corporelles ! Mon curri-cul-um (hot & spicy) étant aussi étoffé que ma touffe rasée selon la mode (actuelle) et mes certificats médicaux propres (normal, je suis toujours sortie couverte, avec tous ces pervers, mieux vaut se protéger !, et même autrement, on ne sait jamais !!!), j’ai passé quelques castings où mon professionnalisme a tout de suite été remarqué : porn to be star !!! Je pensais commencer en bas de lèche-elle, mais j’ai eu l’opportunité de tourner immédiatement avec le pape français du porno, alias Monsieur Marc Dorcel, le toucan au bec et aux dicks multicolores ! Moi qui n’avais jamais vu de film porno (si si, je vous assure !), je trouvais très intéressante l’idée de donner de ma personne en vue d’aider à la connaissance et au perfectionnement de l’art de s’étreindre ! Un peu comme le Kama Sutra, qui n’est pas un livre de cul à proprement parler mais qui relève plutôt de la bible de la sensualité et de l’érotisme à destination de ceux qui veulent donner autant de plaisir (et non forcément de la jouissance, même si les deux peuvent être – intimement –liés) à leur partenaire qu’ils en prennent à leur en fournir ! Imprégnée des valeurs fondatrices du cinéma érotique des années de libération sexuelle (la fameuse parenthèse enchantée, de la pilule au SIDA), je me voyais un peu comme une sexorciste des peurs et des agressivités de notre époque de performance à tout/tous crins/craint, une montreuse de bonnes aventures permettant de compléter les cours d’éducation sexuelle (ou plutôt de biologie reproductive de base) et les sexpériences des jeunes (et moins jeunes) adolescents/adulescents/adultes !!! Je sais bien que les enfants sont confrontés de plus en plus jeunes à la pornographie via des sites illégaux et donc les parents préservent leurs enfants de cette profusion de "zobsession", mettant majoritairement en place sur leur équipement informatique des moyens de protections des mineurs comme des codes d’accès parental ou des logiciels de filtrages. Mais bon, il faut se faire à l’idée qu’ils sont des habitués, qu’ils découvrent le cinéma X (l’appellation X viendrait du fait que l’on barrait autrefois de croix les affiches des films censurés) plus tôt que leurs ainés, vers seize ans (les deux-tiers des moins de vingt-cinq ans, contre la moitié de la population, s’étant initié tout seul, un quart avec un ami, un dixième – contre un quart de la population –, avec leur partenaire) ! Même si, toujours au stade de l’initiation, la plupart se sont contentés pour le moment de ne visionner que des extraits et non l’intégralité de films (passé vingt-cinq ans, la tendance s’inverse et plus nombreux sont ceux à avoir déjà vu un film en entier). Mais eux considèrent que c’est le bon âge, pas "trop jeune" pour voir son premier film de boules, le rôle de la pornographie dans l’apprentissage de la sexualité étant deux fois plus important pour les hommes (la moitié) que pour les femmes ! Et c’est qu’ils s’accoutument vite les coquinous : ils sont des consommateurs assidus (pas tous, mais un bon quart regarde un film qui leur est interdit – plus du porno que de l’érotico, plutôt des films X que des scènes QQ, à la lettre près – au moins une fois par mois) qui naviguent sur Internet et qui sont habitués aux contenus gratuits que ce soit par le biais de sites et par téléchargement illégal !!! Il faut bien comprendre que haut-débit oblige (et nous sommes les premiers Européens en terme de CGV, Connexion à Haute Vitesse), on peut dater à ces trois dernières années l’explosion du porno gratuit sur le web avec l’apparition massive de plateformes hot voire trash (ce qui marche le mieux). Il faut rappeler que les personnes âgées de plus de cinquante ans avaient difficilement accès à des films X dans leur jeunesse, sachant que jusqu’au début des années 80 – où la diffusion des cassettes VHS et des premiers films X sur Canal+ en a largement démocratisé l’accès –, la diffusion de films pornographiques était limitée à des salles spécialisées auxquelles l’accès était interdit aux mineurs (c’est-à-dire aux moins de vingt-et-un ans jusqu’en 1974) ».
  • Comment les films pornos sont-ils "consommés" ?
  • U : « Sur le plan de la consommation, les homosexuels achètent et louent davantage que les hétérosexuels et se déplacent également plus dans les sex-shops que les hétérosexuels pour se procurer des films. Ils sont également davantage réceptifs que les hétérosexuels, plus disposés à intégrer la pornographie au sein de leur couple. En moyenne, les homosexuels ont découvert le cinéma X plus tôt que les hétérosexuels, vers vingt-et-un ans, et ils lui attribuent plus facilement un rôle dans la découverte et l’apprentissage de leur vie sexuelle (deux tiers contre un tiers chez les hétéros). Chez les hétéros, le film X n’est plus aujourd’hui limité aux sex-shops et réservé à une minorité de mâles frustrés mais apparaît, au contraire, comme un phénomène de masse, répandu dans tous les milieux, intégré à la vie quotidienne des Français (un dixième des hommes en ont déjà vu sur leur lieu de travail et un tiers dans une chambre d’hôtel). Plus de vingt ans après le premier film X diffusé à la télévision, il n’est plus honteux d’aimer le porno et de le dire. Avec l’émergence des chaînes câblées et la démocratisation d’Internet, l’accès aux contenus pour adultes s’est largement banalisé, un grand nombre de femmes reconnaissant même en avoir déjà vu un (que ce soit dans son intégralité ou seulement quelques extraits). Et chez ces personnes qui ont déjà vu un film X, le visionnage de films pornos est loin d’être exceptionnel voir accidentel… Au contraire, on note une consommation régulière chez une forte proportion d’entre elles : une sur deux en regarde de manière occasionnelle, près d’une sur cinq en regarde au moins une fois par mois. Cœur de cible du marché de la production pour adultes, les hommes ont déjà, dans leur quasi-totalité, visionné un film X (pour un quart seulement quelques extraits). Principaux consommateurs de films X, un tiers des hommes en a une consommation mensuelle, cette proportion étant d’autant plus forte que l’on est jeune, consommant pour plus de trois quart en solo (mais les trois quarts aimeraient regarder un film X avec leur partenaire… si celle-ci le leur demandait) ou pour moitié de tous les hommes avec leur partenaire. La moitié des hommes estime d’ailleurs qu’ils ont un impact sur leur désir sexuel, contre un tiers chez les femmes, sachant que près d’un homme sur trois ayant regardé un film pornographique a déjà fait l’amour devant ce type de films (la moitié des hommes ayant déjà essayé de reproduire des scènes ou des positions vues dans ces films, contre un quart des femmes). D’ailleurs, près d’un homme sur dix aimerait tourner dans un film X, sachant qu’ils sont un sur trois à s’être ou à souhaiter se filmer durant leurs ébats (un homme sur cinq aimerait ou a déjà fait l’amour avec sa partenaire via une webcam). Pour autant, les Français maintiennent une distance entre le X et la réalité (tout en exprimant une préférence pour des films esthétisés aux scénarios élaborés). Quelque soit leur sexe ou leur âge, ils considèrent dans leur très grande majorité que la sexualité présentée dans les films X est éloignée des pratiques sexuelles : ça reste du cinéma et ce n’est pas la réalité. Si la majorité des gens trouve les films pornos excitants et "amusants", elle ne les trouve pas moins "ridicules" et "dégradants", ce qui n’empêche pas un quart de la population de les trouver "naturels" et même "sains". Toujours est-il que parmi les principaux critères de satisfaction d’un film X, on trouve la présence de beaux acteurs ou actrices, devant le scénario, la lingerie, le nombre de scènes X et la beauté des décors, les femmes attachant plus d’importance au scénario alors que les hommes sont plus soucieux du nombre de scènes X (et notamment de la présence de scènes de fellation, ce qui est toujours le cas, au contraire du cunnilingus : la moitié des hommes s’enquiert de la présence de scènes de fellation alors que la présence d’autres pratiques est secondaire) ou de la lingerie ». Il existe ainsi plusieurs centaines de studios qui produisent des dizaines de milliers de films chaque année, et plusieurs milliers de personnes travaillent comme acteur ou actrice pornographique. En 2002, on estime que le chiffre d’affaires (au niveau mondial) de l’industrie pornographique s’élevait à 50 milliards d’euros ! Les producteurs de contenu adulte sont conscients que bien souvent c’est l’acte sexuel dans sa représentation clinique qui intéresse le spectateur, le consommateur de pornographie visionnant ce type de produit dans le seul but de s’exciter et d’assouvir ses pulsions. C’est le consommateur pur et dur, celui qui se masturbe devant ce contenu et qui n’a rien à faire des préliminaires. Ce client type, champion toutes catégories de la consommation rapide, achète tout ce qui lui promet l’orgasme. Or, il constitue les deux-tiers du volume total de la clientèle de ce genre de films. Cette clientèle cible donne donc lieu à une surproduction de mauvaise qualité, vidéos dont les images, aux couleurs saturées, présentent des scènes très explicites : la scène s’ouvre invariablement sur une femme qui se livre à un strip-tease torride, offrant au regard une plastique largement aidée par les interventions chirurgicales, et des gestes bien souvent vulgaires. L’actrice de toute évidence est là pour inviter le consommateur, elle s’adresse directement à ce voyeur en des termes très directs. Une fois le regard appâté, l’action commence. Un, deux ou plusieurs hommes s’avancent alors vers la femme objet, et lui présentent leur sexe ou elle va le rechercher avidement. Quelques scénarii plus élaborés permettent à l’acteur mâle de procéder à quelques caresses préliminaires. Ensuite, après la fellation "obligatoire" (mais on voit très rarement de cunnilingus), s’enchaîne les scènes de pénétrations afin que le film se termine, inévitablement, sur l’éjaculation triomphante. Ce canevas sert de base à presque la totalité des films et vidéos pornos. C’est un standard ! Toutefois, la capacité de production commençant à saturer le marché du film pornographique, les pratiques évoluèrent vers des pratiques jusqu’ici plus confidentielles, comme la sodomie, la pénétration double, le BDSM [1], etc. Certaines de ces pratiques furent incorporées aux films pornographiques plus conventionnels, créant une nouvelle norme de pratiques sexuelles. Les acteurs et actrices les plus recherchés devinrent donc ceux qui incorporaient ces pratiques à leur répertoire de jeu d’acteur. D’autres studios se sont tournés vers un système à longue queue (de nombreux produits chacun en petite quantité), se spécialisant dans la réalisation de fantasmes plus spécifiques et ne touchant qu’un nombre limité d’amateurs, mais en diversifiant leur offre afin d’occuper ces niches commerciales (un studio japonais s’est ainsi spécialisé dans ce type de marché, proposant aux consommateurs de signaler les fantasmes qui les intéressent, le studio réalisant les films ensuite). Tantôt l’on mettra en scène des femmes matures afin de les exposer dans un rapport, limite incestueux, avec de très jeunes hommes sans poils. Cette mise en relief pourra même atteindre des niveaux presque inimaginables lorsque la dame est plus que sexagénaire. On pourra également tourner avec des femmes aux seins énormes, histoire de proposer aux voyeurs ce que le milieu appelle une branlette espagnole, c’est-à-dire la friction du pénis entre les seins de la dame (avec éventuellement une fellation, au moins du bout de la langue, si la femme est un peu souple). Un autre sujet abondamment exploité est le sadomasochisme. On verra dans ces conditions une femme (le plus souvent du moins) ficelée ou menottée, parfois même bâillonnée, subir des humiliations, des plus soft aux plus hard, en passant par quelques tortures parfois limite. Le plaisir de la domination exultera à travers ces images choc ».
  • Qu’en est-il justement de l’industrie du sexe filmé ?
  • U : « Au milieu d’une production de niveau très médiocre, ressortent des films de qualité qui s’appuient sur des réalisateurs tels qu’Andrew Blake (ancien photographe), Marc Dorcel (ancien producteur), Pierre Woodman (ancien policier) ou encore Paul Thomas et John Leslie (deux anciens acteurs du X du début des années 80). À la fin de 1990, Berth Milton Senior passa le flambeau à son fils pour la direction de Private (la plus grande collection de DVD pornographiques au monde, dont le classement thématique permet de cibler les différentes catégories de consommateurs), Berth Milton Jr., qui engagea le photographe/réalisateur Pierre Woodman. Ce dernier apporta un nouveau style au sein d’une maison vieillissante (fondée en 1965 en Suède), en allant chercher des modèles dans les pays de l’est de l’Europe et en poussant le jeune patron à faire de la vidéo X haut de gamme. Portée par l’essor du DVD et la qualité de ses productions, Private devint alors rapidement le leader du marché international avec cinquante deux pays distributeurs. Ces dernières décennies, Private Media Group est ainsi devenu le plus important studio pornographique au monde, en glanant plus de deux cent vingt récompenses. Cette société a les meilleures ventes de DVD X au monde (tous studios confondus) avec notamment huit très gros blockbusters : Sex City, Gladiator, Pyramid, Cleopatra, Millionaire, Private Chateau, Robinson Crusoe et X girls. Après avoir transféré le siège de la société en Espagne en 1997, Berth Milton modernisa et diversifia la société, en développant les activités Internet et le marché de la vidéo à la demande. En février 1999, Private devint la première société à vocation pornographique à être introduite en bourse (au Nasdaq). L’industrie de la pornographie s’était toujours jusque-là financée de façon obscure, servant d’exutoire fiscal à certains mécènes puissants. Trois ans plus tard, le magazine économique américain Forbes classa Private Media Group parmi les vingt sociétés les plus prometteuses. D’autres jeunes entrepreneurs se sont construits sur à peu près rien, telle la société Opale Net, réussissant le tour de force de devenir un acteur principal dans le monde du contenu pour adultes en gravissant humblement les échelons. Aujourd’hui toutefois, la tendance semble vouloir changer. Les puissants du monde de la finance, s’interrogeant sur le succès de l’industrie du sexe, semblent croire qu’il s’agit d’un secteur d’investissement comme un autre et qu’il faudrait peut-être songer à y faire sa place dès maintenant. Le Business du X connaît une croissance fulgurante depuis quelques décennies. Son ascension ne se dément pas et de plus en plus d’hommes d’affaires, reconnaissant ses performances financières, décident de s’acoquiner avec lui. Argent facile dans un monde où la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, le X business n’attire pas que les grosses fortunes qui cherchent à gagner davantage. Après la vague de fonds d’investissements "éthiques", qui favorisaient les investissements dans toute entreprise morale, et que l’on appelle des "investissements socialement responsables", les gens d’affaires s’engagent, depuis le nouveau millénaire, dans l’exploitation des "vice fund". Le fonds d’investissement américain Vice Fund, crée en 2002, a d’ailleurs pour ambition d’encourager les investissements dans tout ce qui est socialement immoral, tout en restant légal. Idem pour la banque US d’affaires AdultVest. Persuadée de la réussite d’investissements dans des "actions du vice", elle propose des fonds dans l’industrie du sexe, exclusivement. Un revirement sans précédent dans l’univers boursier. Cette banque, créée en 2005, en est à 8,4 milliards de dollars d’investissement pour 840 entreprises actives à l’heure actuelle. Plus de 4 000 investisseurs y participent déjà à titre de membres ; un début fracassant ! Partant du principe que l’être humain est régit par divers vices, aucune récession économique ne l’éloignera de ses besoins de satisfaction sexuelle. En clair, l’homme consommera toujours le sexe d’une façon ou d’une autre et il sera toujours prêt à payer pour s’en procurer. Mais tout n’est pas rose pour l’industrie du sexe en bourse. En 1990, Hugh Hefner jubilait devant l’entrée en bourse de son célèbre magazine Playboy. Dix-huit ans plus tard, après avoir atteint des courbes aussi alléchantes que 32.31 $, le titre est tombé en chute libre et n’a jamais retrouvé une cote aussi élevée. Idem pour la société Beate Ushe, une chaîne de sex-shop allemande, qui cotait dès son entrée, en 1999, à 14.20 € et qui s’essoufflait dangereusement tout récemment avec des courbes très décevantes. Pourtant, ces piètres performances n’empêchent pas certains hommes d’affaires de risquer le coup. Après avoir racheté le groupe Montorgueil SAS, dont fait partie Carpe Diem (estimé à 30 millions € de chiffre d’affaires), l’un des principaux diffuseurs de contenu adulte sur le net, Rentabiliweb diversifie ses activités et propose à ses investisseurs le grand saut dans le monde de la pornographie. Or, quand on sait qu’un homme tel que Bernard Arnault gravite parmi ces investisseurs de renom, on peut raisonnablement penser que le PDG de Rentabiliweb sait exactement ce qu’il fait. Plus le sexe est visible, plus les consommateurs le réclament. Il reste l’un des sujets favoris dans le monde entier, même dans les sphères religieuses fermées. D’ailleurs, les pays qui procèdent au plus grand nombre de requêtes ayant le sexe pour sujet, précisément sur le net, sont le Pakistan, l’Inde, l’Égypte, la Turquie, l’Algérie, le Maroc et l’Indonésie. Par ailleurs, si l’on tient compte de la démocratisation du sexe en général, que l’on prend en considération l’engouement public pour les sex-toys et autres curiosités en rapport avec la vie sexuelle des individus ordinaires et que l’on estime la tendance à la hausse dans le marché du X via Internet, il reste évident que les investisseurs ont tout intérêt à percer ce marché au même titre que n’importe quel autre. Avec la venue des baby boomers dans les rangs échangistes et SM soft, on peut croire que la chute libre du sexe sur les marchés boursiers n’est pas pour bientôt ! En 2006, le chiffre d’affaires de Private Media Group s’est élevé à 38,4 millions de dollars, le bénéfice net après impôts atteignant plus de 630 000 dollars. De nos jours, les plus grandes chaînes hôtelières de la planète proposent des programmes payants (Vidéo à la demande) pour adultes élaborés par Private, et de nombreux opérateurs tels que Belgacom en Belgique, ou Canal+ en France ont passé des accords avec Private Media Group (tout comme Marc Dorcel, leader européen, qui depuis septembre 2008 distribue en exclusivité, en France, le catalogue DVD des fameuses productions Private). En 2005, la marque commerciale Marc Dorcel est la marque sexy la plus connue en France avec 49% de notoriété. Son logo représentant un toucan qui apparait avant chaque diffusion sur Canal+ a aidé à accroître la visibilité de la marque. Les Hot d’Or, qui récompensent chaque année les meilleures productions X, sont carrément devenus l’un des événements majeurs des festivités du festival de Cannes, jusqu’à s’en faire virer et redémarrer quelques années plus tard, crise oblige, sur Paris. Il faut dire que le cinéma traditionnel fait aussi de plus en plus appel aux comédiens du X : Ovidie dans Le pornographe et Mortel transfert, Raphaëla Anderson et Karen Bach dans Baise-moi, Rocco Siffredi dans Romance. De même, l’année 2000 a marqué la rencontre entre le cinéma traditionnel et le X, même si Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (ex-hardeuse) s’est vu retirer son visa d’exploitation dans le circuit normal. D’autre part, quinze ans après la fellation de Maruschka Detmers dans Le Diable au corps, celle non simulée du film de Patrice Chéreau dans Intimité ne provoque plus aucune polémique. Enfin, Lars von Trier (Palme d’or à Cannes 2000 pour Dancer in the Dark) a produit un vrai film X, Pink prison, qui contient d’authentiques scènes hard. En 2002, suite à la publication d’un rapport sur l’environnement médiatique de la jeunesse (révélant que 11% des 4/12 ans dont les parents sont abonnés à Canal+ ont vu un extrait, mais seuls 10% d’entre eux ont poussé jusqu’à la moitié du film) et d’une réglementation européenne contraignante en la matière, la diffusion de films X a la télévision française est remise en cause. Il faut dire que le genre s’est démocratisé à la télévision française : plus de cent films à caractère pornographique proposés sur les chaînes du câble et du satellite (XXL, CinéCinéma et TPS cinéma) auquel il convient d’ajouter quatre-vingt titres sur Kiosque et Multivision multidiffusés (achetés entre 1 500 et 10 000 euros contre 25 000 euros pour Canal+). Pour Vidéo Marc Dorcel, la télévision représente 15 % de son chiffre d’affaires (4,2 M€ sur 28 M€). Quant à l’audience de ces films, elle est loin d’être confidentielle : avec près d’un million d’abonnés, XXL représente le quart de Canal+ (sans en avoir les contraintes financières), le film X de Canal+ est vu par 35% des abonnés, et d’après un opérateur 5 à 10% des abonnés aux chaînes cinéma sont motivés exclusivement par les films pornographiques. En France, les films à caractère pornographique sont autorisés uniquement entre minuit et quatre heures du matin, sur des chaînes payantes (abonnement en double cryptage ou Pay per view) avec de nombreuses restrictions par rapport aux films autorisés à la vente et à la location. Les films doivent avoir un scénario, ne peuvent pas se référer aux déclinaisons de pratiques ou de spécialités. En pratique, les chaînes n’ont pas utilisé pleinement cette semi-liberté, ainsi l’homosexualité masculine avant l’apparition de la chaîne Pink TV était absente (hors événement exceptionnel type Gay pride ou le film mensuel de la chaîne XXL) ; quant à l’homosexualité féminine, elle est souvent limitée à quelques scènes (exclusivement lesbiennes ou bisexuelles) dans un ensemble de scènes hétérosexuelles. Enfin, le choix des films privilégie les acteurs et actrices jeunes et en bonne santé (pas de handicap physique, actrice de moins de 35 ans, pas de femmes enceintes, ...) ».
  • Quelles (r)évolutions le multimédia a-t-il apportées, comme ce fut le cas dans la vie de tous les jours, dans l’industrie du cinéma X !
  • U : « Les usages et les modes de consommation ont beaucoup évolué ces dix dernières années ! Le boum extraordinaire de popularité du sexe est surtout attribuable à l’avènement de l’Internet : sur les moteurs de recherche, les mots-clés les plus souvent tapés sont encore "sex" et "porn", soit un quart des recherches. On estime à environ 29 000 le nombre de personnes consultant un site X à la seconde. Sur un audimat d’environ 60 millions d’Américains sur le net, c’est 50% d’entre eux qui visitent régulièrement des sites à caractère sexuel. C’est pourquoi l’on ne s’étonne plus du nombre de nouveaux sites pornographiques ajouté chaque jour, soit près de 300. Internet est le plus grand diffuseur d’images à caractère sexuel à l’heure actuelle : 42 % des navigateurs comporte une page présentant du contenu érotique, 35 % des téléchargements sont pornographiques, on estime à 12% le nombre de sites tagués pornographiques (soit approximativement 4 millions d’adresses sur le net, sachant que de ces adresses sont échangés près de 3 milliards d’e-mails chaque jour, ce qui constitue environ 9% de tout le trafic de correspondance courriel au quotidien à travers le monde). La pornographie sur le net génère annuellement presque 3 milliards de dollars. Chaque seconde, c’est environ 90 $ qui sont alloués au paiement de ce type de contenu aux États-Unis, pays qui héberge 89% des sites pornographiques. À travers le monde, c’est plus de 2000 € par seconde qui sont dépensés pour des contenus à caractère sexuel. Un nombre grandissant de jeunes font des visites éclair sur les sites de charme mais ce sont en général les plus vieux qui achètent les abonnements et consomment le produit sur de longues durées. Beaucoup d’internautes affirment passer de 3 à 10 heures par semaine sur des sites pornographiques (10% des visiteurs masculins se considèrent accros aux sites coquins). Les internautes les plus facilement monnayables pour le sexe sur le net sont les Asiatiques, de façon générale (20% d’entre eux visitent des sites X sur leur lieu de travail). Les Sud-Coréens dépenseraient en moyenne 394 € par an alors que les Japonais s’en tiennent apparemment à 117 €. Ce sont néanmoins les Chinois qui détiendraient tous les records avec une moyenne annuelle de 20 milliards de dollars. Chez les Européens, ce sont les Finlandais qui dépenseraient le plus avec 86 € tandis que les Français, plus raisonnables, se limiteraient autour des 70 €. En revanche, les Allemands ne lâcheraient guère plus de 6 € par l’année. L’accès aux œuvres pornographiques est de plus en plus dématérialisé : les sites Internet gratuits constituent pour moitié le moyen d’accès aux films, devant un gros tiers pour Canal+ et un quart pour les DVD achetés ou empruntés à des proches (sachant que le web est pour moitié le principal outil pour se procurer des DVD, devant les vidéoclubs qui représentent un tiers alors que pour les sex-shops cela tombe à un sixième – cependant, le vidéoclub reste le moyen de distribution privilégié des catégories les plus aisées et les plus âgées de la population tout en faisant jeu égal avec le web chez les personnes en couple). Pour autant, le recours au multimédia dépend de l’âge : chez les hommes, les jeunes se distinguent par un recours plus régulier aux sites web et au téléchargement illégal alors que les plus de cinquante ans ont plus l’expérience des salles de projection ou des films diffusés sur une chaîne cinéma (la consommation à partir de chaînes thématiques est plus limitée que sur Canal+, mais on note qu’elle est presqu’aussi élevée sur des chaînes X spécialisées que sur des chaînes cinéma, à hauteur d’un petit cinquième). Dans le détail, les jeunes se distinguent par un recours plus régulier aux sites web gratuits (au trois-quarts) et au téléchargement illégal (un peu moins de la moitié) mais aussi à des services de type VOD (un cinquième) ou pay-per-view (un dizième). À l’inverse, les 35-50 ans en visionnent, eux, plus par le biais de Canal+ ou de DVD achetés alors que les plus de cinquante ans ont plus l’expérience du film de cul dans une grande sale (euh, salle… de projection) ou, pour un tiers, des films diffusés sur une chaîne cinéma. Ainsi, en janvier 2002, Dorcel a lancé la plateforme de vidéo à la demande DorcelVision.com (suivie en 2006 par Dorcel TV, une chaîne pour adultes disponible sur le câble, le satellite, l’ADSL et sur Internet), qui a atteint en 2007 un chiffre d’affaires avoisinant les 250 000 euros par mois. Et pour dire les choses, on constate que chaque millier d’ouverture de ligne ADSL fait globalement baisser le nombre de viols ! C’est donc un moindre "mâle" pour beaucoup de bien !!! D’ailleurs, bien plus ouvertes sur ce sujet qu’on ne pourrait le croire, les Françaises sont des consommatrices et amatrices avérées du cinéma pornographique, quasiment la moitié en ayant déjà regardé dans son intégralité ou presque (et un tiers d’entre elles ont une consommation occasionnelle ou régulière de films X). De plus en plus, la pornographie devient pour les femmes une expérience personnelle et intime, et si plus de la moitié du beau sexe admet les voir avec leur partenaire, une autre moitié les voit toute seule (sachant que cette proportion croît plus la personne est jeune). Près du quart des femmes, initiées pour un tiers par leur partenaire, estime que la pornographie a participé à la découverte et l’apprentissage de leur sexualité (une femme sur quatre a déjà tenté de reproduire des scènes ou des positions vues dans un film et une sur cinq aimerait filmer ses ébats, sans pour autant diffuser la vidéo). Il existe d’ailleurs des films pornos réalisés par des cinéastes, faits pour les cinéfilles et garçons : « Peep-Show Heros » (Héléna Noguerra), « Le bijou indiscret » (Arielle Dombasle), « Se faire prendre au jeu » (Lola Doillon), « Enculées » (Laetitia Masson) et « À ses pieds » (Mélanie Laurent). Les principaux critères de ces "X-plicit Films" sont une montée progressive du désir, un parti-pris esthétique, des acteurs et actrices naturels et des sensations justes où la libido féminine est au centre de la proposition. Mêlant sexe et sexualité, désir et plaisir, humour et sérieux, ces cinq aventurières réalisent une collection coquine à regarder, seul ou à deux, et qui devrait inspirer tant le public que "les pros" du genre. Pour autant, le porno n’est pas vraiment un truc de femme, car trop explicite (les tentatives d’Ovidie dans la réalisation de pornos féminins n’ont pas été très probantes) ! Si le cœur de cible du marché reste le public masculin avec un tiers des hommes qui visionne un film X une fois par mois (contre la moitié chez les hommes de moins de 35 ans et 5% des femmes) et une consommation régulière sensiblement plus forte chez les personnes insatisfaites de leur vie sexuelle (un tiers) que chez celles qui en sont satisfaites (un quart), le visionnage n’est pas forcément corrélée à un manque d’activité sexuelle puisque c’est chez les personnes ayant le plus fréquemment des rapports sexuels que cette consommation est la plus forte. Ainsi, la consommation occasionnelle de films X est plus élevée chez les personnes en couple (la moitié du public) que chez les célibataires. Offrant aux couples un moyen de casser la routine en redonnant du piment à sa vie sexuelle, la pornographie a changé. Longtemps réservée à un public quasi exclusivement masculin, elle s’est orientée vers un public plus "mixte", voire "conjugal", qui aspire à un contenu plus "haut de gamme". S’adressant aussi bien aux hommes qu’aux femmes cette nouvelle pornographie, plus esthétisée, fait partie intégrante de la sexualité des couples. La moitié d’entre eux relève justement son impact sur le désir sexuel, et un tiers des femmes reconnait que le visionnage de films X augmente leur désir (même si un autre tiers d’entre elles le font seulement pour faire plaisir à leur partenaire). Toujours sur un ratio d’un tiers, regarder ce genre de films peut libérer la parole sur le sexe à propos des scènes ou des positions, inciter à de nouvelles pratiques et nourrir les fantasmes en faisant l’amour devant ce type de films, les effets négatifs (un quart des couples est gêné et un sixième dégoûté) restant minoritaires, y compris chez les femmes. Puisqu’il existe des films acceptables pour les femmes et qui sont plutôt destinés à ce que monsieur et madame Tout-le-Monde consomment, un film de boules social, en quelque sorte, qui aide à faire son devoir conjugal, je cherchais vraiment à me positionner sur ce créneau ! Pour autant, je ne me mettais pas en situation de donneuse de leçon d’orgasme, je m’envisageais plutôt comme une coach vidéo en positions et trucs et astuces, une Véronique/Davina de la "gymnastique" sensuelle et érotique, la pornographie n’étant finalement qu’un coup d’état hormonal du besoin sexuel de l’entrejambe sur l’envie sensuelle du désir amoureux du cerveau !!! Comme tant d’autres avant (et après) moi, je voulais montrer que le sexe n’est pas sale (s’il est propre !), du moment qu’il s’agit de fusionner deux êtres, où l’un dans l’autre, imbriqués façon puzzle, le plaisir solitaire et égoïste laisse place à la jouissance mutuelle et partagée !!! Je suis loin d’être candide, mais je dois avouer que dans le cas présent, j’ai été d’une tendre naïveté ! »
  • Si tu le veux bien, nous allons visionner une scène que tu as sélectionnée, qui illustre bien ton désenchantement !
  • U : « Oui, c’est une scène tout à fait symptomatique de notre époque ! Elle est issue du film Prend-moi comme une bête, grand fou !. Play !!! »

 

 

Le décor se situe dans un sauna, un mercredi, jour des femmes. Sergueï, bel athlète, entre dans l’étuve où se prélasse lascivement Ulla, se pensant seule ou en tout cas sans risque de penser à mâle.

 

  • S : « Cette ambiance équatoriale me donne des vapeurs, je suis chaud comme la braise !
  • U : Comme je vous comprends, moi-même j’en suis toute humide mais avec la bouche sèche !!!
  • S [tombant la serviette, l’espace d’un spasme l’homme se dresse] : Tiens, je te tends ma perche, mon bou(bka) saura t’hydrater si tu le manies bien ! Le meilleur sport pour se dépenser c’est le corps à corps, viens faire de la varappe sur mon mur à escapade !!!
  • U : Aucun problème, j’adore les sports sextrêmes et je sais très bien manier les belles queues de billard, tout comme les boules rouges qui vont avec ! Je suis presse-bite et j’adore les athlètes à lunettes, à grosse quéquette !
  • S : Hum, tu as une gorge bien profonde, je vais t’enfoncer mon sabre chibre jusqu’à la garde !
  • U : Je sais que ce n’est pas bien de parler la bouche pleine, mais ça c’est de la batte de baise ! J’adore ton manche de raquette et léchouiller tes balles de pénis !!!
  • S : Justement, parle moins, lâche-toi et lèche-moi plus !!! En position pour prendre le coup, Barbie couche-toi là, je vais te Ken ! Allonge-toi sur le banc, je m’occupe en 69 de ton trou, façon catch, coup du marteau-pilon à l’horizontale !!! »

 

Devant le silence exigé par l’hardeur pour se concentrer et pour permettre aux pornophiles de se lustrer le manche en paix, nous reprenons la main pour vous conter les cabrioles et gaudrioles de nos deux performers.

 

Après une longue période de nettoyage et de préparation de leurs équipements sportifs, Sergueï introduit le bout rond de son club dans le golfe d’Ulla, la plaquant ventre à terre dans une prise de lutte gréco-romaine. Rehaussant son bassin, il transforme l’essai en lui mettant bien profond son flambeau olympique entre les deux poteaux, allumant alors le vase antérieur de l’équipe recevant à domicile et déclarant ainsi les jeux ouverts, l’arbitre signalant que l’adversaire est dans la surface de pénétration !

Sergueï effectue une série de petits ponts, passant ses balles entre les jambes de sa compétitrice, drible habillement et calmement, puis se jette à corps perdu dans un sprint jusqu’à se retrouver face à la cage, où il opère une belle reprise de volée qui vient frapper les filets du fond du but suite à un magnifique poteau rentrant. Les supporters vidéomateurs sont autant en liesse qu’Ulla soupire (de plaisir) devant cette action droit au but entre ses perches ! D’autant plus qu’après la remise en jeu, Sergueï lui carre à nouveau son maillet droit dans la lucarne après un tir croisé (ah, play Tex !!!)  !

Loin de se laisser abattre, reprenant le jeu en main, Ulla lance sa contre-offensive en faisant passer le ballon de droite à gauche, l’adversaire restant sans voix devant cette succession de déhanchés ! Envoyant tantôt la balle rose loin en avant, proche du corner, elle joue la montre avec l’équipe invitée en effectuant de nombreuses passes en retrait, non loin de la sortie de terrain, mais le ballon ne franchit jamais la ligne de touche, évitant ainsi la remise en jeu !!!

Chose parfaitement interdite en football mais obligatoire en volley, hand, basket, ou baise-ball, Sergueï met la main au panier dans un superbe dunk [2], le gong indiquant un point et l’atteinte du ciel (comme à la marelle). Souhaitant lui rendre la pareille, Ulla effectue un porté de balles, normalement sanctionné par les fédés, mais ici encouragé par les obsédés !

 

Continuant sur sa lancée, Sergueï se positionne en tandem afin qu’Ulla (toujours dos à lui, mais cette fois sur lui) chevauche ce bel étalon pur sang en Amazone et saute au mieux son gros obstacle. Inversant les rôles, la monture cravache des mains la croupe de sa cavalière, celle-ci partant tantôt au triple galop, puis au trot, mais toujours avec cette montée-descente du bassin afin de canaliser au mieux les coups de reins ! Après plusieurs tours de piste, Ulla lâche la bride de son cheval fougueux, celle-ci estimant que ce mustang sauvage est à présent débourré ! Mais que henni : sitôt la longe et les mords enlevés, que Sergueï s’emballe, rue de l’arrière-train, se cabre, autant qu’elle se cambre !!! Il se lance alors dans une chevauchée fantastique : à présent qu’Ulla a bien les pieds aux étriers, il prend ses coups d’éperons comme autant d’incitations à la cavalcade et aux rodéos sauvages, même si c’est toujours lui qui garde la maîtrise de celle qui le monte, en tirant sur ses nattes comme sur les rênes de son pouvoir de domination sur cette belle pouliche !

Loin d’être désarçonnée, Ulla reste en selle et se met au cheval d’arçon sur ce beau garçon : de par ses connaissances en gymnastique bien rythmique et très sportive, elle conquiert le jury !!! Avec ou sans appuie, elle effectue des figures de style, virevolte dans les airs vers le septième ciel sans jamais toucher terre ! Cette fille de l’air sait jouer des flûtes et prendre ses jambes à son cou : elle fait de la voltige de haut vol !

 

Maintenant que l’essai vaginal et clitoridien est bel et bien consommé et transformé, Sergueï n’attend plus que de botter en touche (ces fesses) : il a bandé son arc et lui a mis sa flèche dans sa mire qu’il admire, en plein dans le mille, mais il reste à Sergueï encore des coups à tirer car il n’a pas décoché toutes ses flèches et il a d’autres cordes à son arc ! D’un geste technique sûr, il bascule son punching-balls [3] sur le côté, mettant sa cible ultime dans sa ligne de mire et de tir : lui qui ne prenait jamais Ulla de face, voilà qu’il va la prendre de fesses, en chien de fusil, en mettant sa petite fleur au bout de son fusil d’ass-haut !!!

Saisissant son javelot à pleine main, il le plante et effectue des ronds dans l’o d’Ulla afin que sa batte aille bien au fond des choses et qu’il puisse faire son trou, son (h)o(me)-run à loisir ! Une belle partie de boules s’engage, ses Obut tapant contre le cochonnet d’Ulla : ne sachant trop s’il doit tirer ou pointer, Sergueï décide d’alterner gestes de précision destinés à viser au plus près de là où ça fait du bien et de mettre sa cartouche à Ulla avec sa 22 cm long rifle par des tirs en rafale, lui étant un tireur d’élite en tir sportif couché (tout comme debout et sur le dos d’ailleurs). Jouant tantôt le smash et l’ace sur l’ass, Sergueï monte au filet en écartant les lobes de sa partenaire de simple, joue en fond de cours !

 

À présent que sa c(r)oupe dévisse et que la victoire masculine est imminente, Ulla demande un temps mort, un ti(m)e-break. Sergueï le lui refuse, et, sentant que le jeu, set et match sont proches, accélère ses passes vont et viennent ainsi que ses effets de manche ! Après ces trois sets intensifs marathoniens, Ulla capitule alors que Sergueï finalise l’encule par son coup spécial nommé botte Florentine comme au fleuret pendant qu’Ulla tire sur la queue de détente : ça déclenche la percussion et le coup part ! Tout heureux de sa victoire et qu’Ulla ait pris sa cartouche à partir de la gueule du canon, il secoue sa bouteille de champagne et en arrose abondamment le visage défait de sa compétitrice, qui n’en perd pas une goutte, finissant même ce savoureux cru "moite et sent bon" au goulot !!!

 

 

  • Hum, effectivement, ces images peuvent choquer un public non averti !
  • U : « Certes, déjà les séquences ne sont pas représentatives de la sexualité de tout un chacun, mais surtout elles peuvent avoir des conséquences néfastes en laissant des séquelles sur ce qui se fait et ce qui se rêve auprès d’un public en quête d’action ! Moi qui rêvais d’éduquer au cul les jeunes générations en leur apprenant comment bien faire (et du coup se faire) du bien, je me retrouve les quatre fers en l’air à me faire démonter par un bodybuildé défoncé aux hormones et aux excitants ! Sans parler forcément d’Amour ou de sentiments, un peu de tendresse bordel !!! »
  • C’est clair qu’il n’y en a que pour la bestialité, la sensualité reste au vestiaire !
  • U : « Beh oui, carrément ! Le X business est un univers qui sollicite des pulsions primitives chez l’être humain, la qualité de ce qui est présenté est rarement mise en cause. Ce que les consommateurs de X veulent avant toute chose ce sont des scénarii choc, des images crues, des scènes dans lesquelles l’acte sexuel, généralement fantasmé, est enfin mené à un aboutissement devant le regard du voyeur. À l’heure actuelle, les producteurs de sites pornos le savent et se soucient peu de ce qu’ils offrent comme contenu. On voit par conséquent une sexualité qui correspond peu à la réalité, une sexualité crade et trash, une sexualité brute qui permet au voyeur d’exulter ses désirs comme ses frustrations. En ce sens le client paye pour se décharger, ni plus ni moins. Les films X (français comme européens ou américains) sont de moins en moins sensuels et de plus en plus trop machos porno-crados : fellation en gorge profonde à en faire vomir par le titillement de la glotte, prises de lutte gréco-romaine avec clés de blocage et tirage de cheveux, aucune attention pour les seins si ce n’est pour les martyriser en tirant dessus ou en les giflant, gros plans longs et médicaux sur les pénétrations vaginales/anales alors que le désir/plaisir est pour l’autre dans son intégrité (caresses des zones érogènes, voire claques sur les fesses, visualisation de positions instructives et enthousiasmantes, beauté des partenaires et de leurs attraits sexuels, etc.) !!! Le porno est devenu trash-core avec ses positions de domination/humiliation, ses manières et son vocabulaire en dessous des ovaires. Je me demande bien quelles générations de sexopathes nous sommes en train de formater en leur donnant en pâture ces injures à la sexualité pure, non en terme de folles aventures mais concernant le consentement et le Respect de l’autre ! Et puis c’est très vite ennuyeux, le porno. Ennuyeux à tourner, avec toutes ses contraintes techniques, ses gymnastiques, ses codes mimiques. Il faut bosser des heures pour une prise, évidemment sous le regard des gens du plateau et sous la chaleur des lampes de la rampe, coupée parce qu’il y a toujours un truc qui ne va pas ! Le porno est même de plus en plus ennuyeux. Au début du XXè siècle, alors que peu de temps après les frères Lumières vinrent de nombreux cousins "ténébreux", il n’était pas rare qu’au gré des galipettes animées papi suçât un gland tout en pinant mamie. Puis, avec l’âge classique, vint la séparation des genres, finie la pansexualité. Dans les années 70, le porno avait des idées, comme dans Exhibition de Jean-François Davy ou Derrière la porte verte des frères Mitchell. Dans les années 90, il y avait des pornstars et des limousines. Maintenant, c’est la dèche (enfin … le X s’est décidé à exploser tous les budgets : après la sortie très médiatique par Marc Dorcel Productions du film français pour adultes le plus coûteux de ses trente dernières années, Casino - No Limit, avec 210 000 euros de budget, ce fut en 2008 le tour de Digital Playground, société leader sur le marché du porno aux États-Unis, avec Pirates II : Stagnetti’s Revenge, un vague remake porno de la saga Pirates des Caraïbes, film X le plus cher de tous les temps avec un budget de 10 millions de dollars). La faute au succès actuel du gonzo et aux amateurs, semble-t-il, puisqu’il suffit de se brancher parmi l’embarras du choix pour voir la terre entière se faire tout ce qu’on veut, et gratos en plus ».
  • Avant d’aborder le côté trash du hard, peux-tu nous en dire plus sur ton expérience comme hardeuse "soft" ?
  • U : « Derrière la caméra c’est toujours pareil avec dans l’ordre du minimum syndical la fellation, direct le coït vaginal sans retourner la pareille (génitale) à mademoiselle, sodomie, éjac’ faciale [alors que c’est facile, mais pas classe, de (se) décharger sur les autres] : tu parles d’originalité dans l’imagination des comportements alités ! Dans mon cas, certes je paye mon boule et cela paie bien, mais au prix du déni de ma personne : dans le milieu, je ne suis qu’une poupée gonflée comme tant d’autres ! Au moins dans la prostitution la traite des blanches françaises était plus limité car les candidates aussi, alors que dans l’industrie du X on ne vous demande pas de parler (de toute façon ce sera doublé par des gémisseuses professionnelles) et les belles filles avides d’argent tout en restant au chaud ne sont pas ce qui manque ! Certes, le film pornographique, surtout pour ceux qui en tirent profits, n’a pas de vocation artistique. Toutefois, certains réalisateurs comme Marc Dorcel, Andrew Blake et quelques autres, ont choisi de travailler à partir de scénarii structurés, avec des décors considérables, mettant à contribution des moyens techniques, alliant compétence et appareils de pointe. Leurs petites histoires, correctement écrites, sont également bien dirigées par un réalisateur qui a des ambitions esthétiques et qui s’entoure d’acteurs qui ne font pas que se livrer à des actes sexuels. Bien sûr, on est encore loin du compte en terme de performance d’acteurs dans des rôles de composition, mais la volonté de réussir un produit autre que destiné à la consommation rapide est bien réelle. Cela dit, il serait naïf de croire que cette élévation des standards esthétiques et artistiques de la pornographie puisse séduire les grands producteurs de cinéma XXX. Et l’argument numéro un est d’ores et déjà bien prévisible : pour un moindre coût de production, le film de mauvaise qualité rapporte plus. Longtemps et encore majoritairement réalisés par des hommes et pour des hommes, les films pornographiques hétérosexuels véhiculent une conception stéréotypée des rapports sexuels. Les dialogues sont généralement réduits au strict minimum, et se limitent souvent à des avances directes, des exclamations et des soupirs de plaisir. Cela peut s’expliquer par la "réalité" présentée, une réalité inversée dans laquelle l’acte sexuel prend une place très naturelle dans l’ensemble des rapports sociaux humains. En ce sens, la pornographie peut être rapprochée des Saturnales, fêtes d’esclaves à qui on donnait temporairement le droit de renverser les rapports sociaux. Les films pornographiques sont orientés de cette façon dans le but de ne jamais créer de frustration dans l’esprit de l’homme qui le regarde, mais d’en provoquer une libération imaginaire. Tout doit sembler simple et naturel au regard du fantasme de celui qui regarde. Le pire étant bien sûr la monotonie et la maladresse, marquées par la séquence fellation, pénétration vaginale et très souvent ensuite anale, éjaculation hors du sexe de la femme, en général sur son visage, dans sa bouche (la femme doit alors avaler le sperme) ou sur les seins, le tout en un temps raisonnable qui coïnciderait idéalement avec la durée de la pratique de la masturbation par le spectateur. Outre ces scènes, des scènes de "genre" sont de plus en plus représentées, telles que la double pénétration, le gang bang, etc. Pourtant de nombreux garçons abordent la sexualité via le porno et se préparent donc à ne pas savoir comment s’occuper d’une femme, les actrices de films porno montrant des pratiques sexuelles souvent bien insatisfaisantes pour des femmes : cunnilingus très rares et ne durant jamais plus de cinq minutes, aucune stimulation des seins (avec une absence de contact des partenaires hors des zones génitales et une absence d’échange de baisers et de caresses). De toute façon, les femmes sont généralement représentées comme de simples objets pour le plaisir masculin. Il y a ainsi de nombreux gros plans sur la bouche de la femme lors de la fellation, pendant le coït la caméra cadre en gros plan la pénétration, le visage de la femme qui prend du plaisir, parfois également (mais plus rarement, ou surtout lors de l’éjaculation) le visage de l’homme, et enfin le visage épanoui de la femme qui reçoit l’éjaculation, donnant le sentiment que son plaisir dépend de celui de l’homme, ce qui est fort contestable. En outre, les jeunes hommes peuvent être complexés par la taille de leur sexe, le porno montrant toujours des acteurs au-dessus de 20 cm quand la taille moyenne d’un sexe en érection est de 14 à 16 cm. Tout ceci pourrait conduire des spectateurs influençables et peu avertis, parmi les plus jeunes en particulier, à une vision exagérément machiste de la sexualité (même si cette pratique a été récemment remise en cause par des producteurs comme Lætitia ou Lars von Trier, ou Marc Dorcel et Private qui proposent des films X mettant davantage les femmes en valeur). Outre le fait que la femme ne soit pas respectée, sauf – éventuellement – les très rares super pornstars, le métier est très dur ! La présence de la caméra demande la prise de positions bien peu naturelles pour favoriser la vue des organes génitaux (les positions des acteurs pendant l’acte sexuel doivent donner aux spectateurs une visibilité maximale), les sodomies se font sans délicatesse (les actrices s’appliquant très souvent des gels anesthésiants hors caméra et du lubrifiant pour pratiquer ces scènes) et il existe une mentalité plus qu’égoïste des gens de ce milieu : une fois que t’as tourné ta scène, tu ne vaux plus rien ! D’ailleurs, les films pornographiques filment traditionnellement des rapports non protégés. Avec l’apparition du SIDA, l’usage du préservatif s’est répandu et les films pornographiques gays ont été les premiers à adopter majoritairement l’usage du préservatif. Toutefois, et jusqu’à maintenant, très peu de films pornographiques hétérosexuels ont adhéré à cette politique de préservation de la santé publique (films dit barebacks, "chevauchée sauvage", ils libèrent l’imaginaire de ceux qui les regardent qui les trouvent plus excitants). Les studios précisent que leurs acteurs/actrices sont tous séronégatifs vérifiés mais il existe toujours un délai d’incubation de la maladie pendant laquelle la personne parait séronégative. Dans les années 1980 aux États-Unis, le SIDA tua plusieurs acteurs et actrices érotiques. C’est alors que fut créée l’Adult Industry Medical Health Care Foundation. Cette fondation mit en place des tests de séropositivité mensuels et demanda à ce que chaque rapport soit répertorié. Ainsi, aujourd’hui aux États-Unis, un éventuel séropositif peut-il être identifié, contacté et à nouveau expertisé sous trois à six mois. Les taux de transmission du HIV s’avérèrent relativement bas et, entre 2000 et 2004, aucun cas de transmission ne fut relevé. Dès lors, seuls quelques cas ont été recensés, bien souvent en dehors de l’industrie américaine (comme Darren James contaminé lors d’un tournage au Brésil) ou de tout tournage (comme Marc Wallice consommateur de drogue par intraveineuse). En 2004, l’acteur Darren James a été contrôlé positif au VIH. Une de ses anciennes partenaires de scène, Lara Roxx, fut à son tour testée positivement. James aurait eu des rapports avec douze autres actrices. De ce fait, l’industrie du X tourna au ralenti pendant un mois. Heureusement, depuis 2008, le port du préservatif s’est répandu en France, notamment du fait que le Conseil supérieur de l’audiovisuel prescrive aux chaînes de télévision autorisées à diffuser des programmes pornographiques de ne pas en diffuser qui comportent des images de relations sexuelles non protégées par le port du préservatif, considérant que ce type de programme a une influence auprès des jeunes adultes sur leur comportement sexuel. Concernant d’autres IST, une étude de l’Adult Industry Medical Health Care Foundation fit une enquête auprès de 483 volontaires entre octobre 2001 et mars 2003 : 40% des testés avaient au moins une maladie, 17% avaient des chlamydias, 13% la gonorrhée et 10% l’hépatite B ou C. Bien qu’ils évoluent dans le même univers, devant les mêmes caméras, dans les mêmes scènes, l’implication est complètement différente pour l’acteur et l’actrice. Les acteurs masculins sont depuis longtemps moins nombreux que les actrices, et leur salaire sensiblement inférieur. L’acteur porno, souvent choisi pour la longueur de son sexe (Rocco Siffredi 22 cm, Ron Jeremy 25 cm, Manuel Ferrara 21 cm, Lexington Steele 24 cm), n’a pas réellement de visage précis. Il est d’abord et avant tout un sexe en érection, une verge qui permet l’identification du spectateur tout en lui permettant de se rêver un ego à la mesure de ce sexe hors norme. De plus, l’acteur porno ne bosse pas autant pour le fric que pour le plaisir de se faire plaisir. Le physique chez les acteurs masculins est longtemps passé au second plan, les éléments les plus importants étant leur capacité à maintenir une érection (bon nombre se pique avec des stimulants ou se droguent pour être capable de bander sur plusieurs heures cumulées tout au long de la journée) et à éjaculer sur demande. Les hommes ne doivent pas être émotifs pendant, il ne faut pas qu’ils attendent une réponse de leur partenaire, qu’ils soient attentifs à leurs réactions. En fait, les hommes doivent pouvoir agir comme des machines. Le public hétérosexuel masculin constituant la majeure partie du marché, les femmes au physique agréable, capables de tourner aussi bien avec des hommes qu’avec des femmes, sont les actrices les plus demandées. L’actrice est payée pour servir de réceptacle : objet de désir et d’excitation, elle est le lieu de l’aboutissement du fantasme. Ce sont par conséquent les actrices qui reçoivent les plus gros cachets, même si le salaire reste en proportion avec le type de scénario à exécuter. Bien sûr, les petits tournages rapides font que certaines débutantes bossent pour des cacahuètes. Mais dès que le statut de star est atteint, plus question d’être sous-payée. Les stars féminines, par ailleurs, jouent des scènes souvent difficiles dans lesquelles elles subissent parfois même des humiliations douloureuses. Une actrice débutante serait en droit d’exiger au moins de 250 à 500 € par scène alors qu’une star avérée peut varier ses prix entre 1 000 et 3 000 € par scène. Des superstars gagnent des sommes considérables car leur seul nom garantit le succès de la réalisation. Exceptionnellement dans les annales de l’équité salariale, le milieu cinématographique du X est plus payant pour la femme, le nombre d’hommes qui souhaitent se convertir à la carrière pornographique étant effarant si on le compare au nombre de femmes intéressées par ce milieu. Bien sûr, et heureusement d’ailleurs, il existe des esthètes, des perfectionnistes, même dans les rangs de la pornographie. Certains pornographes consciencieux visent à élever considérablement les standards de leurs réalisations. Dans leurs productions, on constate une réelle volonté de faire du cinéma ou de la vidéo autre que clinique. Ce qui fait à la fois le bonheur des investisseurs qui peuvent acheter ce contenu et le malheur des petits joueurs qui se retrouvent abandonnés par l’audimat, incapables d’offrir autant de qualité. C’est donc à ce niveau que le clivage entre bonne et mauvaise pornographie risque de se faire dans l’avenir. Les consommateurs de pornographie restent plutôt naïfs dans leurs approches des produits qu’on leur propose. C’est d’ailleurs cette candeur qui permet aux bonzes du X business de faire autant d’argent. Par des stratégies d’abonnements difficiles à interrompre, par des promotions mensongères, par des offres bidons, les pornographes arnaquent facilement. Et les acheteurs, en victimes consentantes, souvent dévorés par la culpabilité, sont prêts à tout pour dissimuler leur commerce avec le sexe. C’est le cercle vicieux ! ».
  • Peux-tu nous parler justement du gonzo, ce phénomène qui a fait couler beaucoup d’encre par ses aspects dégradants pour les hardeuses !
  • U : « Je ne parle pas ici des films S.M, ritualisés, très codés, mais de la pornographie de la pornographie : un être humain, un corps qui parfois saigne entre les scènes, qui s’évanouit pendant les plans coupés, qu’on redresse tant bien que mal pour l’éjac’ faciale. Ce que les féministes reprochaient au porno il y a dix ans, et qui à l’époque n’était pas vrai, est en train d’arriver aujourd’hui. C’est surtout le porno américain (hardcore), qui va toujours plus loin. Les filles sortent des tournages avec des bleus et le sourire ! Le qualificatif de pornographie gonzo est apparu aux États-Unis dans le courant de l’année 1989, par référence au journalisme gonzo (littéralement : « dans le feu de l’action »), afin de désigner la production du réalisateur et ancien acteur pornographique John Stagliano. La caractéristique première du genre est une généralisation de l’emploi de la caméra portée au cours de laquelle l’acteur tient la caméra en même temps qu’il interprète la scène, le spectateur voyant ainsi la séquence en plan extrêmement rapproché, en caméra embarquée, cette technique présentant l’avantage d’immerger le spectateur dans la situation filmée. La caméra subjective, qui consiste à voir l’action au travers des yeux de l’acteur (ou POV : point of view) est donc logiquement l’une des recettes préférées de ce type de cinéma. Apparenté au porno "amateur" par cette volonté d’immersion (nombreux gros plans, mouvements de caméra "au poing"), ce type de films a vu émerger une forte demande aux États-Unis à partir du milieu des années 1990, ce qui amena rapidement la fortune et la professionnalisation du genre. En fait, en raison du grossissement obtenu par cette méthode ainsi que du poids d’une caméra professionnelle, le film n’est pas exempt de sauts et d’imperfections diverses qui limitent l’emploi de ce type de prises de vue et qui sont autant de marques de fabrique supposées être des gages d’authenticité ou de naturel pour le spectateur. Aussi connu sous le nom de All Sex, le gonzo propose une réalisation axée sur le sexe aux dépens des scénarios, décors et dialogues des productions classiques. Le succès foudroyant de ce type de productions américaines est ainsi largement dû à ce sentiment de proximité dans les situations comme dans le casting (la fameuse girl next door ou "voisine de palier" qui contraste avec les bimbos siliconées des productions classiques) ainsi qu’aux pratiques hard qui sont proposées : gang bang [« détonation/fracas groupé(e) » : l’individu est seul face à des partenaires multiples (une femme ou un homme pour minimum trois autres personnes, le Gang Bang Reverse étant un homme avec plusieurs femmes en même temps), et il ou elle s’offre à l’ensemble de ceux-ci ; la disproportion "un seul face à tous" est ce qui est symboliquement recherché, se distinguant ainsi de la partouze, où les individus sont plus mélangés (plusieurs hommes, plusieurs femmes) sans qu’un seul individu soit au centre de l’action] ; bukkake [du verbe japonais bukkakeru qui signifie « éclabousser d’eau » : pratique sexuelle dans laquelle un groupe d’hommes éjacule tour à tour sur une personne (homme ou femme), de préférence sur le visage (éjaculation faciale) mais aussi sur les seins ; les films fétichistes de "bukkake forcé" sont célèbres au Japon, où la situation typique implique une écolière naïve en uniforme, ou une timide secrétaire, se retrouvant attachée et aspergée de sperme contre son gré. Des hommes (parfois plus d’une douzaine) s’approchent d’elle un à un et se masturbent jusqu’à éjaculer sur son corps (la plupart du temps sur son visage, et en particulier sa bouche). La "victime" garde le sperme sur elle alors que l’homme suivant se présente et répète le même scénario, alors qu’on peut souvent voir à l’arrière plan des hommes qui attendent leur tour en se masturbant. Le bukkake a été popularisé dans les médias pour adultes japonais par des entreprises de vidéos dans la première moitié des années 1990. Certains pensent qu’un des facteurs du développement des bukkakes est le fait que le paysage pornographique japonais soit très restreint : les réalisateurs n’ayant pas le droit de montrer les organes génitaux sans filtre de censure – flous et mosaïques –, ils ont dû inventer des approches du sexe à la fois nouvelles et attirantes afin de satisfaire leur public sans violer la loi japonaise] ; gokkun [variante du bukkake, il s’agit d’une onomatopée, qui se traduirait en français par gloup, c’est-à-dire le bruit que l’on fait en avalant. Dans l’industrie pornographique japonaise, ce terme fait référence au fait d’avaler du sperme, plus précisément à un bukkake spécifique où les hommes éjaculent systématiquement dans la bouche de la personne, qui avale ensuite tout le sperme. Une variante consiste à recueillir le sperme de plusieurs hommes dans un récipient, afin que la personne le boive ensuite. Comme dans le cas du bukkake, divers sites pornographiques prétendent que cette pratique prendrait son origine dans le Japon féodal : une femme qui avait trompé son mari était selon ce récit mise à genoux puis forcée de subir l’éjaculation de tous les hommes de la communauté. On ne trouve pas de confirmation de cette rumeur par des sources historiques fiables, et elle peut donc être une invention de l’industrie pornographique à des fins promotionnelles. À l’origine, il se présentait sous la forme de vidéos réalisées par de simples particuliers, l’industrie pornographique n’ayant exploité ce marché que plus tardivement. Les films de gokkun sont devenus très populaires au Japon, tant dans le milieu des professionnels que des amateurs puisqu’il n’est pas rare maintenant de rencontrer femmes ou hommes ayant ce fantasme. Le gokkun perd alors son caractère humiliant, pour prendre la forme d’une pratique libertine pouvant être appréciée dans les milieux échangistes] ; ass gaping [pratique purement visuelle consistant à montrer l’anus, et parfois le vagin, dilaté et béant suite à une longue pénétration de quelque ordre que ce soit, il s’obtient plus facilement quand le pénis ou l’objet pénétrant rentre et sort complètement de l’orifice plusieurs fois, les muscles s’habituant alors à rester toujours détendus et à ne pas refermer l’orifice] ; kinky [évoque la fessée, la domination/soumission, le sadomasochisme et le fétichisme sexuel (réunis sous le terme de BDSM)]. Si ces comportements ne sont pas nouveaux, son utilisation amicale et sa revendication le sont davantage. Désormais, de plus en plus de personnes, notamment des femmes, avouent et assument ce penchant. C’est une façon d’accepter ses pulsions et son instinct. La durée des films (environ deux heures), le renouvellement constant des starlettes (qui marque par ailleurs le déclin du star system que l’on a connu précédemment), ainsi que la montée en intensité des scènes de sexe garantissent le succès du genre. En raison de son goût pour l’interdit, les individus tentent régulièrement de dépasser leurs limites. Cette forme de pornographie est appelée à s’enrichir de sous-genres concomitamment au développement de l’égalité réelle entre les hommes et les femmes. Le hentaï (dessins animés porno japonais) a lui-même longtemps diffusé des scénarii sur le sadisme, la zoophilie et l’inceste. En fait, le gonzo donne aux spectateurs une forme de satisfaction narcissique consistant à actualiser des fantasmes d’emprise. De fait, les principaux studios américains sont aujourd’hui dédiés aux gonzo ou proposent des lignes gonzo en plus de leurs productions habituelles, surtout parce que les tournages sont rapides et peu coûteux (le budget moyen d’une production varie entre 20 000 et 30 000 dollars). Pour autant, si on peut penser que le genre génère une part importante des 13 milliards de dollars de l’industrie pornographique américaine, largement dominant aux États-Unis au début du XXIè siècle, le gonzo connait un essoufflement après une dizaine d’années de progression continue due à la multiplication des studios et des productions ».
  • Quel est ton point de vue sur ce cinéma "art is anal" qui est une industrie à la déchaine ?
  • U : Il y a 20 000 films pornographiques produits dans le monde chaque année, mais très peu sont des films de genre pornographique, dans le sens où il y a vraiment beaucoup de matériel à branlette : 89% de la production mondiale de pornos est issue des États-Unis, plus précisément de San Fernando Valley, en Californie, considérée comme la capitale de la pornographie ; 4% du matériel pornographique mondial serait produit en France et en Allemagne puis 3% en Grande-Bretagne. Toutefois, le Maroc, le Brésil, les pays de l’Est, entre autres, tentent également de se faire une place sur un marché qui devient de plus en plus important. Le budget moyen d’un film porno atteint environ 100 000 euros et ne se rembourse qu’au bout de cinq ans d’exploitation, sur la location et la vente : on vend un peu en DVD avec des making-of amusants mais un film est surtout promis à une carrière en VOD (Video on demand), puisque depuis 2002 c’est ce tuyau qui remplit de plus en plus les caisses. Mais il n’y a pas énormément d’argent à se faire du côté de la production : seul le milieu porno fonctionnant depuis toujours avec ce système, une fois que les droits sont vendus le réalisateur ne touche plus rien (il touche des droits uniquement si son film passe à la télévision, mais pas sur les ventes). C’est une profession sucée par les distributeurs et les diffuseurs et donc ce qui rapporte de l’argent c’est la distribution et les rachats de droits des films étrangers. En général, une maison de production essaie d’avoir un grand catalogue de distribution, sur lequel ils se font un maximum d’argent. La création de sites Internet aide parfois, ainsi que la vente de calendriers. C’est à partir de ces retours-là, qu’ils peuvent investir. Et c’est là que l’on voit la tentation de la facilité avec les films gonzo : « petit budget-gros profits » ! En effet, aujourd’hui le public ne veut plus voir de vrais films travaillés, ils veulent du gonzo : le matériel porno a remplacé le cinéma pornographique, qui était moribond de 2001 à 2004 et carrément mort depuis ; en Europe, il n’y a plus assez d’argent et même aux États-Unis, il n’y en a quasiment plus. Mais le vrai problème est que les films pornos considérés comme hard en 2001 sont aujourd’hui trop soft pour être un gonzo. Les amateurs du genre attendent du vrai hard. Aujourd’hui, les films sont justement trop irréels, toutes les filles ressemblent à Paris Hilton ou Britney Spears. Je suis d’une génération qui assume le X, qui s’est branlée toute sa jeunesse devant des films et qui n’a pas besoin qu’un porno ressemble à du cinéma traditionnel. Mais si le X est jugé ringard, que les filles qu’on voit en boîte ou dans les pubs sont toutes dix fois plus classes que les hardeuses, avec le gonzo on a atteint le niveau zéro ! On n’a plus à faire à des pornographes invétérés, plutôt à des industriels spécialisés, presque par hasard, dans le cochon, attirés par l’argent "facile" ! Aux USA, 75 % des magasins de vidéo vendent des K7 ou DVD pornos, qui leur assurent entre 50% et 60% du chiffre d’affaires. Quelques pourcent font du hardcore méchant. Et 65% des connexions sur le net concernent des sites pornographiques : les officiels, les X glamour avec contrat de travail, mais aussi et surtout les nombreuses petites productions qui veulent faire de l’argent facile sur les reins des actrices. Ils tournent de la baise boum boum, vite fait mal fait, c’est plus facile, ça coûte pas cher et ça peut rapporter gros. Si, quand on est actrice porno, et contrairement à l’opinion commune, on ne vend pas son corps mais une image – on vend le droit d’utilisation de sa propre image –, d’anciennes actrices du porno classique se sont senties victimes et ont fini par quitter ce milieu. Ovidie, qui se qualifiait auparavant de "travailleuse du sexe", admet que « parfois, il y a des choses qui sont très violentes et qui laissent des marques », elle qui se dit « être sexuellement attirée par les images fortes, de puissance. Par la violence guerrière presque sublime (...) » ! Mais dans le gonzo, dépassée Annabel Chong, qui, en 1995, passait sous 251 partenaires en dix heures devant une caméra : Angela Houston, 30 ans, en 1999, s’est fait 622 hommes en 7 heures, soit un homme toutes les 40 secondes. Le film de Candy Appels a pour sa part été interrompu au 742ème homme par la police de Los Angeles. Toujours plus loin, toujours plus gore ! Rocco Sifredi lui-même a reconnu que certaines "actrices" du porno bas de gamme avaient le sexe et l’anus détruits. Certes, ne pas penser qu’un être humain, doté du même corps fragile que sa sœur, une copine, sa femme, ou sa mère, soit pénétré à la chaîne, saigne, s’effondre, encaisse des baises brutales et humiliantes, soit quelquefois marqué à vie, permet de mieux apprécier le spectacle, d’en jouir plus tranquillement. C’est la logique du spectateur : ne pas y penser ! Le documentaire suédois Shocking Truth (présenté au parlement suédois en 2000 dans le cadre d’une réflexion sur la liberté d’expression et la pornographie) rassemble des confidences d’actrices, de policiers et de producteurs. Il présente une critique acerbe de l’industrie pornographique, sachant que les producteurs, réalisateurs ou acteurs de films pornographiques considèrent généralement que les actrices exercent une activité de spectacle et donnent en général leurs témoignages dans un but de médiatisation, de commercialisation de l’industrie pornographique. Ce documentaire réalisé par une ancienne actrice du X, démontre comment certains tournages de l’industrie hardcore tournent parfois à des scènes très brutales, humiliantes, éprouvantes pour beaucoup de jeunes actrices mises sous pression, souvent livrées à de nombreux hommes pas tendres. Le problème est qu’on ne devrait pas demander à des débutantes des scènes très hard ! Mais justement, un cinéma ultra hard tourné à la chaîne, par des sociétés sans aucun respect pour les actrices, décidées à fournir en quantité des DVD et des petits films Internet, a pris des habitudes violentes. Elles rappellent parfois les conditions de travail harassantes auxquelles on soumettait les femmes dans les ateliers du XIXè siècle, quand les jeunes ouvrières s’esquintaient dans les usines, n’avaient aucun droit, payaient de leur physique. Les actrices du X, et les travailleuses du sexe en général, n’ont aucun droit aujourd’hui, peu d’associations les défendent en Europe, et beaucoup d’actrices X n’arrivent même pas à être considérées comme des intermittentes du spectacle. Elles morflent, baisent à la chaîne, n’ont souvent aucun droit de suite, aucun contrat valable. Si je n’ai pas fait personnellement de gonzo car je l’avais déjà fait avec des machos crados avant, je peux témoigner de ce que j’ai vu sur des tournages ou entendu en discutant avec des filles qui en sont passées par là ! Prenez une fille sans expérience, loin de chez elle, dormant à l’hôtel ou sur le tournage ! Faites lui faire une double pénétration, un fist vaginal (le poignet enfoncé jusqu’à la garde), agrémenté d’un fist anal, parfois les deux en même temps, une main dans le cul, parfois deux. Tu récoltes une fille en larmes, qui pisse le sang à cause des lésions, et qui généralement se chie dessus parce que personne ne lui avait expliqué qu’il faut faire un lavement. De toute façon, c’est pas grave, la merde fait vendre. Après la scène qu’elles n’ont pas le droit d’interrompre, et de toute manière personne ne les écoute, les filles ont deux heures pour se reposer puis elles reprennent le tournage. Après quoi, tu te retrouves sur un set et tu suces, tu cambres, on te traite de salope. Une fille devait tourner une double pénétration. Elle s’est mise à pisser le sang et il a fallu couper. Les producteurs et les autres acteurs lui ont donnée des kleenex pour qu’elle s’essuie, en la traitant de conne parce qu’elle gâchait le film. Après cinq minutes de pause, le tournage a repris et on lui a fait finir la scène. Elle est payée pour ça, n’est-ce pas ? Pourtant, elle avait une hémorragie qui nécessitait une hospitalisation d’urgence. Le matin, tu te lèves, tu te fourres pour la nième fois ta poire de lavement dans le cul et tu nettoies l’intérieur. Tu réitères jusqu’à ce que ce soit propre. Rien que ça, ça fait mal ! Le petit déj’ à peine pris, tu te fais sodomiser sans ménagement par un mec puis par un autre puis par un troisième, faisant la queue sans état d’âme, bite à la main. Mais difficile de confondre les cris avec des cris de plaisir, surtout quand les larmes font couler le maquillage. Entre le deuxième et le troisième type, qui secoue sa "partenaire"/victime comme un sac, l’une d’elle chancelle et ses yeux virent au blanc. Plan coupé. Séquence suivante, nouvelle enculade. Quand son partenaire se retire, elle manque de tomber mais une main "secourante" la redresse par l’épaule et lui plaque le visage sur une bite. Alors que les larmes ne sont pas encore entièrement séchées, la fille me dit avec un sourire caméra, d’autant plus atroce que j’ai encore en mémoire les grimaces de douleur de la scène précédente, « J’adore le sexe, je suis une vraie pute et j’aime ça » ! Elle aime vraiment tomber dans les pommes enculée par tous ces mecs ? Après la servitude volontaire, voici la torture volontaire ??? Rien ne vaut une telle souffrance. Mais je sais que la plupart de ces filles ne se considèrent déjà plus comme un être humain (parlant d’elle-même en disant « elle », comme s’il s’agissait d’un corps étranger, comme si elle ne pouvait pas raconter à la première personne), qu’elles se sentent comme un animal, avec la peur de devenir rien ... et ensuite moins que rien ! Et pour cause, leur enfance les a souvent déshumanisées !!! La réalisatrice du documentaire, Alexa Wolf, y affirme à propos des actrices : « Ce sont très souvent d’anciennes victimes de viol ou d’inceste dans l’enfance.» [...] « Bien sûr, dans ces conditions, on peut se demander si elles choisissent ce métier librement ». Un ancien commissaire qui a enquêté sur de nombreuses prostituées et actrices du porno confirme : « J’ai connu des milliers de filles. En fait, j’ai plus l’impression d’avoir rempli une fonction de travailleur social. Ce ne sont pas les mêmes filles dans le porno et dans la prostitution (même si certaines actrices de films pornographiques ont exercé ou exercent parallèlement, notamment si elles ne font pas une grande carrière, une activité de strip-teaseuse, ou même d’"escorte" ou de "massage"), mais elles ont les mêmes origines : presque toutes ont été abusées dans l’enfance ». Globalement, les milieux défavorisés fournissent un vivier de filles pour alimenter le spectacle d’une pornographie sans moyen qui conquiert le net et les réseaux "amateurs" : d’un côté les gens sont prêts à prendre le risque de tomber aux mains de trafiquants pour améliorer leur vie, et de l’autre, il y a une tendance dans les pays industriels à employer de la main-d’œuvre bon marché, non déclarée, et d’exploiter sexuellement les femmes dans l’industrie de la pornographie. Les culs anonymes passent et crèvent. Qu’importe. Le réservoir à paumées est disponible, à la merci des fantasmes des spectateurs érigés en loi. Ce n’est pas la matière première qui manque. Il est devenu urgent de s’interroger sur le processus de déshumanisation de milliers d’hommes et de femmes engagés dans une pornographie de la démolition, qui prend sur le net un essor industriel. En Australie, beaucoup d’actrices ont recours à des opérations chirurgicales spécifiques. Il ne s’agit plus maintenant de retouches "classiques" (comme augmenter le volume des seins) mais de se faire ôter les grandes lèvres, afin que le vagin soit plus visible à l’écran… Rien qu’un trou ! Il faut dire la nullité de ces films, tout en gros plan génital. Le gâchis de toutes ces belles filles, la manière robotique dont on les traite, dans d’interminables scènes mécaniques tournées sans aucun talent. Je ne demande pas la censure, encore moins l’interdiction des films pornographiques. Je demande à sortir de la logique du spectateur où des actrices X de 18 ans sont démolies pour faire le spectacle. Qu’il nous suffise d’écouter notre corps. Il n’y a pas de questionnement sur la pornographie sans un questionnement de la chair, sans empathie, sans compassion. Imaginons ces mêmes images en chair et en os, toute cette violence montrés sur une scène de théâtre. Pour la plus grande majorité, le passage d’une représentation virtuelle à la réalité physique suffirait à ouvrir les yeux sur la souffrance, les corps en souffrance. La compassion est difficile à éprouver pour une pure image, sans souffle ni odeur, pour une fille de pixels sur un écran. C’est à ce stade, et à ce stade seulement, qu’il faut réintégrer le point de vue du spectateur. Qu’il voit les corps réels en action, en jouissance ou en souffrance. Voulons-nous fabriquer des générations d’individus onanistes, passant leur vie derrière les écrans, économiquement performants, faciles à faire jouir, et de l’autre côté, une autre humanité, laborieuse, obligée, mise en image, qu’il sera permis de "démolir" ? Il existe pourtant, et heureusement d’ailleurs, un cinéma porno underground original et sans démolition. Je suis sûre qu’il existe un créneau pour des films porno-sensuels afin d’apprendre à être un bon amant plutôt qu’une simple machine à sarce, mais bon. Si les boutonneux ou les vieux gars préfèrent le "easy/beasty fucking", qu’ils s’en donnent à cœur joie, je ne juge pas (ni eux ni leurs partenaires télévisuelles ou réelles), mais ce sera sans moi : il y a trop de X dans ce X, c’est le problème des sextrêmes ! Là j’arrête, c’est trop dur pour moi, je ne suis pas ! »

 


[1] Sigle de « Bondage – immobiliser le corps de son partenaire généralement au moyen de cordes, mais le terme peut parfois être utilisé pour l’utilisation de tout autre accessoire de contrainte – et Discipline, domination et soumission, SadoMasochisme » : ensemble de pratiques sexuelles marginales, fondées sur une relation consentante de dominant à dominé, la dimension de douleur étant nettement moins présente que dans le sadomasochisme. Cette domination pouvant s’exercer de façon psychologique et/ou par le biais de contraintes physiques, on parle aussi en termes plus modernes de « jeux d’échanges de pouvoir ». Ils sont de deux types : domination, entrave, pour le premier type, et parfois, en plus, lorsque la douleur et l’humiliation interviennent, ils entrent dans le deuxième type. Les partenaires pratiquent ces jeux afin d’obtenir par l’exacerbation de leurs sens et de leurs fantasmes un désir sexuel plus intense.

[2] Tremper en anglais, cela ne s’invente pas !

[3] En anglais : poinçonner/perforer avec les boules.


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·   Honneur aux dames, même si… Alors Ulla, sans être grossier, tu as grossi depuis la dernière fois où nous t’avons vue !

·   Ulla : Oui, mais c’est de nouveau Virginie à présent que je vais devenir maman !

·   Autant pour moi !

·   Virginie : Il n’y a pas de mal, ça fait si longtemps que tu me connais avec ce prénom-là, mais tout est différent maintenant !!! Si je ne rejette absolument pas mon passé, il n’en reste pas moins que j’ai enfin trouvé la stabilité ! Je suis vraiment contente d’avoir aidé beaucoup de gens à redevenir les hommes qu’ils n’avaient jamais cessé d’être, mais à présent je veux me concentrer uniquement sur mon Andy chéri !!! Même s’il n’y a pas que ça, comme il a à nouveau pu prendre son pied, il m’a confié son corps tout entier pour que j’en fasse ce que bon me semble … et il m’a demandé en "échange" ma main ! Il est vraiment tout ce que j’ai recherché chez un homme, gentil, prévenant, patient, et surtout il n’a aucun jugement par rapport à mon métier passé (même s’il en a aussi profité, il aurait très bien pu me considérer à jamais comme une "simple" prostituée) ! Ce n’est d’ailleurs pas lui qui voulait que j’arrête, mais moi car j’avais plus ou moins fait le tour de la question pratique et je ne voulais pas d’un bébé « fils/fille de pute », même si cette image restera pour toujours attachée à ma personne et encore plus à mon corps !!! Maintenant, j’ai tourné la page du terrain pratique pour le laisser à d’autres, mais je n’ai pas complètement abandonné le métier et les filles qui continuent ou les nouvelles qui prennent la relève ! J’ai fondé le premier syndicat des travailleuses/travailleurs du sexe, reconnu d’utilité publique s’il vous plaît, tenu par des filles et des hommes de joies qui connaissent ou on connu ce milieu à mille lieux des stéréotypes ! Je mène donc des actions de sensibilisation auprès des clients pour qu’ils respectent les personnes qui se cachent derrière les corps qui sont "mis à leur disposition" et je développe des plans de communication pour attirer l’attention des politiques et autres personnes influentes pour vraiment prendre en considération le choix ou la détresse des prostitué(e)s, le tout dans un cadre concerté avec les riverains et les forces de l’ordre afin de limiter les débordements et les nuisances inhérentes à l’exercice de cette action sociale très spéciale !!!

·   Félicitations pour ta nouvelle vie et bravo pour la reconversion ! Quant à toi Faudel, tu as aussi une grosse surprise à nous annoncer !

·   Faudel : « Pour sûr ! En fait, j’ai "juste" enfin trouvé la clé de mon comportement de prédateur envers la gente féminine !!! Comme mon père était venu travailler en France alors que le reste de la famille était resté au bled, vu que j’étais le petit dernier, ma mère m’a beaucoup choyé ! Ayant deux garçons et trois filles dans le peloton de tête, de tribu matriarcale, elle a eu tendance à être une mère castratrice ! C’est en parti pour ça que j’ai eu mon retard à l’allumage et que ma première fois, très intimidé par le sexe dit faible mais plus que fort dans ma famille, a été un fiasco !!! Avec le recul des années je me suis rendu compte que si j’avais été un chasseur de femmes c’était sûrement par "vengeance" inconsciente envers le trop lourd poids moral de ma mère ! Ainsi, chaque quête/conquête de con et coup de quéquette était un moyen de me valoriser en tant qu’homme, qui en a !!! Pour autant, lors de ma première expérience homosexuelle dans les douches du club de rugby (sport recommandé par mon père qui à mon arrivée en France trouvait que j’étais trop efféminé), je m’étais rendu compte qu’il y avait quelque chose de "louche" dans ma sexualité en cours de construction : si j’avais été content que mon sexe arrive enfin à pénétrer, j’avais ressenti plus de plaisir encore en tant que receveur ! Par la suite, si je suis rentré en religion dans la femme pour la changer comme pour en user et abuser, je m’étais trompé de seins et au final ce sont elles qui m’ont changé ! D’ailleurs on me disait que j’avais mauvais genre ! Et pour cause : je vivais dans le déni/le refoulé de ma nature profonde. À rechercher l’âme sœur désespérément,  je l’ai trouvé avec un frère : après cette soirée trioliste mémorable, véritable coup de maître qui reboosta le prématurément vieux Faudel que j’étais devenu à cause des travers de porc de Giacomo, je suis tombé amoureux du jeune disciple, lui-même autant fasciné par la dextérité du maître que par ses charmes inhérents et son vécu. Même si je commençais à rationnaliser les passions/pulsions et à maîtriser les excès pour les transformer en extase – le besoin physique s’exprimant surtout quand on a peur, quand on a besoin d’être rassuré par une présence corporelle –, je me demandais toujours « C’est quand le bonheur ? » ! En effet, on m’envisageait, on me dévisageait, comme un gars que je n’étais pas : pour dire les choses crûment, c’est moi qui faisais la femme car mon homme n’est pas tout à fait homo (il est aux deux-tiers bi, mais plutôt dans son penchant hétéro) ! Tout ça pour dire que, dès le départ, j’étais jaloux et envieux des femmes, de leurs charmes et irrésistibles capacités d’attraction (même si j’ai surtout connu des chiennasses, belles d’un jour, putes d’un soir) : de fait, sans contrefaçon culturelle, je n’étais pas un garçon et je ne voulais plus faire avec ce que la Nature m’avait donné ! Alors que pour moi il était évident qu’hétérosexualité et homosexualité, davantage que des identités figées, sont des rôles que l’on peut échanger, j’appréhendais tout de même l’annonce à mon homme de mon envie de changement physique ! C’est la peur qui m’a fait fuir, c’est son Amour qui m’a fait revenir car lui aussi préférait me voir comme une femme, d’autant que je serais alors simplement fidèle à moi-même !!! Pour autant, je tiens à préciser que si je rejette mon passé masculin dans ses aspects machos, je n’ai pas de problème avec cette identité d’avant ! C’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi le prénom de Camille, le plus joli prénom de fille pour un ancien garçon (et vice-versa, mais la version masculine est douze fois moins nombreuse), sachant que je ne me refuse pas, de temps à autre, des triolismes avec mon homme et une autre femme, tantôt en version homo/lesbienne, tantôt en mode hétéro où je redeviens le temps d’un instant un homme grâce à un gode ! Si ce n’est certainement pas une sexualité modèle, c’est en tout cas un des modèles de sexualité, le mien !!! ».

·   Alors Camille, concrètement, comme s’est déroulé ta "mutation", ton changement de peau ?

·   C : J’ai fait une chirurgie de réattribution sexuelle MtF (Male to Female) ce qui a donné ce joli corps sage actuel, avec un sacré passé où je suis passé(e) sur tout le monde ! La première étape a été un traitement hormonal par œstrogènes pour développer une poitrine, adoucir ma peau et féminiser les contours de mon corps. Comme je trouvais que mes seins étaient trop petits, on m’a fait une mammoplastie en me posant des implants mammaires avec enveloppe en silicone remplie de sérum physiologique pour atteindre le 90C (en forme de pomme pour tout dire). Je ne le sais que trop bien : les garçons ont l’œil, mâle placé, et je suis ravie que mes seins leurs fassent tourner la tête ! Après un petit temps d’adaptation et de "travestissement", il m’était plus qu’évident que je ne pouvais pas m’arrêter comme ça, au milieu du gué ! Mon homme et moi avons alors opté pour aller à l’étranger, où l’on m’a fait une vaginoplastie par greffe scrotale (pour information, chez l’être humain, jusqu’à la neuvième semaine de grossesse, le fœtus mâle ou femelle ne présente encore que deux tubercules labio-scrotaux génériques qui donneront chez la petite fille les grandes lèvres de la vulve et le scrotum chez le petit garçon), combinée avec la peau pénil (du pubis) pour former la doublure vaginale et créer la profondeur du néo-vagin. L’intervention chirurgicale de transformation a duré trois heures, avec l’ablation des deux testicules et de la verge, puis la création d’un néo-vagin (tapissé par la peau des couilles et de la verge, relativement insensibles même s’il reste quelques terminaisons nerveuses). Dès la création des premières vaginoplasties modernes par le Dr. Georges Burou au milieu des années 1950, il a eu le souci de préserver la capacité de plaisir sexuel et même d’orgasme des personnes. Il existe donc un protocole qui conserve les nerfs et une partie du tissu érectile qui sont placés dans le corps, entre autre pour reconstituer un clitoris vivant en utilisant le gland et en préservant sa sensibilité (ceci permet de ressentir les mêmes sensations que les femmes jusqu’à celle d’atteindre l’orgasme, dans mon cas). Enfin, l’opération s’est terminée par une labiaplastie consistant à créer des lèvres, grandes et petites. Mais ce n’était que le début car, dans le but de favoriser la cicatrisation du néo-vagin, je suis restée clouée au lit pendant une semaine, avec régime sans résidus (pas de fruits, pas de jus de fruits, pas de légumes, pas de pommes de terre, pas de potages, pas de pain, pas de fromages frais ni fermentés), pansement qui maintient le vagin en place ("bourdonnet") et sonde urinaire. Ensuite j’ai porté jour et nuit pendant trois mois un conformateur vaginal souple, réalisé avec des compresses roulées de façon très serrées et entourées par un préservatif lubrifié par de la pommade de vaseline, afin de s’opposer à la rétraction naturelle qui accompagne les phénomènes de cicatrisation, celle-ci étant complète après un mois et demi. Les seuls problèmes que j’ai rencontrés, pendant les premiers temps, c’est que les urines ne s’évacuaient pas par un jet unique mais de façon dispersée et que la sensibilité du clitoris était très développée et ressentie de façon désagréable. Au final, je me suis retrouvée avec un vagin profond de dix-huit centimètres (une bonne taille pour un vagin, sachant que la moyenne du pénis masculin est de quinze centimètres) et une vulve on ne peut plus classique, du moins en apparence ! Il m’a fallu, et pour mon homme bien sûr aussi, prendre le temps de redécouvrir mon corps, mais aujourd’hui j’en jouis pleinement : le vagin étant tapissé de peau et non de muqueuse il doit être lubrifié lors des rapports sexuels, mais à part ça l’épanouissement est au rendez-vous car être pénétrée par le vagin change ma relation au sexe ! À présent, je suis épanouie et je vis une sexualité enfin apaisée !!! »

·   C’est donc sur ces bonnes nouvelles que nous rendons l’antenne ! Un grand merci à toutes les deux, grâce à vous nos téléspec-tâteurs ont pu voyager dans les méandres du large panel des possibilités offertes par la sexualité ! Nous avons bien vu parmi vos péripéties qu’il n’était pas toujours évident de trouver sa voie et que le sexe est une affaire sérieuse qui peut faire ressentir ses effets sur bon nombre d’aspects de la vie ! En tout cas, vous nous aurez beaucoup appris sur le fait qu’il n’y a que nous qui pouvons choisir, à chaque période de notre sexistence, comment nous voulons vivre notre sexualité : peu importe les pressions morales familiales et sociales, chacun est maître de son corps et l’important est de se sentir bien dedans, bien au chaud bien au fond !!!

 


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